Liebherr teste la chargeuse à l’hydrogène

C’est une première mondiale : Liebherr a introduit un moteur à hydrogène dans une chargeuse L 566 H et l’approvisionne en hydrogène vert depuis une station-service installée à l’usine de Bischofshofen, celle où sont fabriquées les chargeuses du groupe.

Coup double pour Liebherr au mois de juin : le constructeur a présenté le premier modèle de chargeuse sur pneus équipée d’un moteur à hydrogène dans son usine autrichienne de Bischofshofen, et la première station-service pour ce carburant. L’événement a eu lieu en présence de représentants politiques et économiques du pays.
Cette chargeuse, qui est un prototype comme l’est la pelle 9XX, est un modèle de grande taille dans la gamme du constructeur puisqu’il s’agit d’une L 566 H (200 kW) avec un poids en ordre de marche de 24 tonnes. Il s’agit de la première chargeuse au monde à recevoir un moteur à hydrogène. Dans un communiqué, Liebherr explique que « des études ont permis de conclure que cette technologie était la solution optimale pour faire fonctionner sans émissions de CO2 des véhicules de grande taille et difficiles à électrifier ». Si les solutions électriques à batteries conviennent pour la plupart des véhicules de moins de 15 tonnes, ce n’est pas le cas pour les machines plus imposantes aux besoins énergétiques élevés dont la masse en service peut atteindre jusqu’à 40 tonnes. Les moteurs à hydrogène représentent un « type d’entraînement idéal », précise-t-il. Si le constructeur ne mentionne rien sur le type de moteur en question, il s’agit vraisemblablement d’un moteur à injection directe, comme le rappelait Thomas Hass, product manager chez Liebherr France. L’injection directe, selon lui, « ne donnant pas assez de dynamique ». Lors des démonstrations organisées durant cet événement, la L 566 H chargeait un camion MAN (modèle hTGX) équipé lui aussi d’un moteur à hydrogène développant 383 kW de puissance et délivrant un couple allant jusqu’à 2 500 Nm. Ce véhicule peut parcourir jusqu’à 600 km selon la configuration d’essieux choisie (6×2 ou 6×4).

Avec de l’hydrogène vert

Liebherr a également présenté sa propre station-service à hydrogène installée à l’usine de Bischofshofen. Ce modèle, le premier du genre dans la région de Salzbourg, est une collaboration avec le constructeur allemand Maximator Hydrogen. Les deux entreprises ont d’ailleurs initié un partenariat de rechercher visant à mettre au point les possibilités de ravitaillement en hydrogène sur les chantiers. Une solution appelée Max Mobile Refueler consiste à ne transporter que la quantité d’hydrogène nécessaire pour ravitailler les engins. De son côté, Maximator Hydrogen a mis au point un fluide pouvant entrer en contact avec l’hydrogène, en toute sécurité : une pompe actionnée par l’entraînement hydraulique de l’engin de construction utilise le fluide pour aspirer la quantité d’hydrogène nécessaire à son fonctionnement.
Le Max Mobile Refueler est préalablement rempli d’hydrogène dans une station-service. En tant que système intégré à une remorque ou à un véhicule, il est conduit vers l’engin qui est ravitaillé à 700 bar en moins de 15 minutes. La plus petite version du Max Mobile Refueler (1000 kg) peut ravitailler 40 kg d’hydrogène à 700 bar et à 15 °C.
L’approvisionnement en hydrogène vert de la station service est assuré par l’entreprise autrichienne Mpreis depuis son usine de Völs dans le Tyrol, où elle a développé un système d’électrolyse alcaline sous pression de 3,2 MW.
Quel est intérêt d’installer une station-service à l’usine ? « Un accès à l’hydrogène est essentiel afin que nous puissions faire avancer la recherche et poursuivre nos objectifs en matière de décarbonation des engins de construction », a expliqué le Dr Herbert Pfab, directeur technique de l’usine Liebherr Bischofshofen. Alors, peut-être y aura-t-il d’autres développements de machines équipées de cette motorisation ? À suivre.

Jean-Pierre Le Port