Sur un marché incertain, Bergerat Monnoyeur mise sur la donnée   

Grâce à un important travail de récolte de la donnée engagé depuis plusieurs années via la connectivité des machines, Bergerat Monnoyeur parvient aujourd’hui à sécuriser des outils de suivi de la performance, qui tiennent leurs promesses pour les utilisateurs finaux. L’exploitation de ces données donne lieu aujourd’hui à des rapports dopés à l’IA. L’objectif pour le SAV n’est alors plus de réparer vite, mais d’éviter la panne.

Cela faisait partie des annonces du C-Mat à la fin du mois de janvier. En 2025, le marché des matériels de construction a enregistré une baisse de 10 %. « Pour autant, nos commandes se sont maintenues et notre niveau de facturation a même été supérieur à 2024 », indique Benoît Poussou, directeur général de Bergerat Monnoyeur France, lors d’une conférence de presse sur les résultats 2025 et les perspectives 2026. Un résultat que le distributeur de Cat doit aux gammes compactes, qui ont tiré le marché (+8 %).
Le concessionnaire a gagné deux points de parts de marché sur les matériels de plus de 10 t, et jusqu’à trois points sur les gammes de pelles. « C’est une vraie performance au regard du marché contraint. Sur les matériels 10 t et plus, nous consolidons notre position de leader en France », complète Alexis Machenaud, directeur marketing et commercial.

L’année dernière, le volume d’affaires total de Bergerat Monnoyeur a atteint 800 M€ pour le neuf, l’occasion et la location (500 M€ sur l’activité vente et 300 M€ pour l’après-vente, qui progresse de 2 % par rapport à 2024). C’est la deuxième année de croissance de suite pour le distributeur, qui y voit un lien direct avec la nouvelle visibilité de son offre de services, toujours plus large et connectée. En parallèle, le niveau d’acculturation de la force de vente a grandi, permettant de mieux mettre en avant ce panel de services. A noter, pas d’extension du réseau de distribution mais une relation « consolidée, dans l’accompagnement des ventes, reprojetée à moyen-long terme », précise le directeur général.

Résultats concrets sur les engagements de service  

En 2025, 75 % des machines vendues par Bergerat, neuves et d’occasion, l’ont été avec un contrat d’après-vente connectivité-services. Cela représente plus de 7 000 engins, dont 80 % des modèles en gamme lourde commercialisés. « On a doublé la proportion en moins de 5 ans. La forme de la contractualisation a évolué, avec 12 engagements désormais qui sont garantis par la connectivité de la machine, donnant accès aux services comme le diagnostic à distance. Les exploitants y trouvent une valeur qui se compte en euro par heure et qui optimise leur TCO. On observe en moyenne 1,5 jour gagné grâce au diagnostic à distance, qui est réalisé sur 4 000 machines chaque année », détaille Benoît Poussou.

Le nouvel engagement de Bergerat sur l’expédition des pièces, avec une compensation financière garantie en valeur de pièce en cas de manquement, a rencontré un certain succès. Plus de 1 300 machines ont été couvertes depuis l’année dernière, pour toutes les pièces mécaniques – exceptées quelques pièces de carrosserie qui ne sont pas critiques pour la production. « En 8 mois, nous avons offert une compensation dans deux cas seulement », note Alexis Machenaud. A Amblainville, dans l’Oise, la première année d’exploitation pleine du nouveau centre de distribution a été bouclée. Plus d’un million de colis ont été expédiés depuis son ouverture en avril 2024, avec une vision en direct sur le suivi des pièces depuis le portail client MyBergerat.
L’engagement sur la consommation a lui donné lieu à 320 cas de remboursement en 2025, sur 728 machines couvertes, pour un montant total de 280 000 $, soit un niveau inférieur à la consommation annuelle de trois chargeuses. « Nous assumons nos engagements et les niveaux de consommation avec écart ne sont pas éloignés de la cible. Dans le cas contraire, les montants de remboursement auraient été bien supérieurs ».  

Sur un marché incertain, investir dans les technologies

La croissance pour cette année apparaît compromise, et les niveaux devraient même être inférieurs aux deux dernières années. Le concessionnaire explique avoir adapté son organisation à un marché bas depuis 2-3 ans déjà, grâce à une maîtrise des frais généraux, entre autres, et sans plan de départ. « Nous nous préparons à accompagner un rebond du marché, en nous renforçant sur l’offre de services et les technologies embarquéesLa data est vectrice pour la construction d’offres », glisse Alexis Machenaud. Par exemple, le frein actif anticollision sur les chargeuses XE, qui détecte les risques de collision à l’arrière de la machine et déclenche automatiquement le freinage en marche arrière, est désormais proposé pour toutes les chargeuses sur pneus, ainsi qu’en rétrofit en remplacement du système de sécurité existant. La solution est déjà exigée dans un certain nombre d’appels d’offres de grands comptes.

Pour Bergerat Monnoyeur, 2026 sera bel et bien une année de transition, celle de la maintenance préventive vers une maintenance prédictive. Car la logique préventive, fondée sur des statistiques, va fortement évoluer grâce à l’analyse en temps réel des données de chaque engin. En s’appuyant sur un parc de 3 millions de machines connectées dans le monde, Caterpillar a développé des algorithmes et des modèles d’IA capables d’identifier des scénarios de défaillance des composants, avec un taux de fiabilité supérieur à 80 % dans les 100 heures. « On ne remplace plus une pièce par précaution, mais au moment exact où la data indique un risque réel de casse. C’est ce qui permet aux exploitants de réduire les temps d’arrêt tout en optimisant la durée de vie des composants », souligne Benoît Poussou. Cette fonctionnalité est opérationnelle pour les turbos, les injecteurs et les composants post-combustion, sur tous les modèles de machines. « Cela nous permet d’augmenter la pertinence du conseil sur les changements de pièce, car on sait précisément que la machine peut attendre un certain nombre d’heures avant d’envisager un reconditionnement ».
Le deuxième volet de l’utilisation de l’IA par Cat consiste en la production d’un rapport de trois pages, poussé chaque mois dans VisionLink. Déployé l’été dernier, ce service génère automatiquement des conseils sur la sécurité, mais aussi sur la consommation et la maintenance du parc de chaque exploitant, grâce à l’interprétation des alertes et des données qui sont remontées dans l’outil de suivi. Un autre enjeu devient alors la formation des techniciens et des inspecteurs après-vente à cette nouvelle réalité opérationnelle de SAV.

Sonia Puiatti

©Bergerat Monnoyeur