Engins de chantier : les tout petits pas de l’électrique sur le marché français

Alors que les chantiers urbains et périurbains cherchent à réduire leur empreinte environnementale, Evolis a dévoilé son baromètre 2025 des engins électriques, la méthodologie EcoRate et annoncé l’arrivée prochaine d’aides à l’achat. L’occasion de mesurer les avancées et les freins à l’électrification.

Au dernier Salon des maires, Richard Cleveland, directeur du pôle Technique, affaires réglementaires et normalisation d’Evolis, et Rudolph Ganzel, directeur du pôle Economique, ont présenté trois avancées majeures pour accompagner l’électrification des matériels de chantier : un baromètre du marché des engins électriques, la méthodologie EcoRate, et l’annonce d’aides publiques imminentes pour l’acquisition d’engins électriques.
Des outils destinés à structurer un marché encore embryonnaire mais porteur, selon l’organisation professionnelle qui représente les fabricants de biens d’équipement pour la construction, les infrastructures et l’industrie en France.

Un baromètre pour suivre l’émergence du marché

Pourquoi mesurer le marché des engins électriques ? Pour Richard Cleveland, l’objectif est simple : « Il s’agit de suivre le marché des engins électriques dans le cadre de l’électrification des chantiers de demain. » Ce baromètre constitue le premier livrable d’un projet plus vaste consacré à l’électrification, engagé au sein d’Evolis.
Le périmètre du baromètre se veut macroéconomique, couvrant toutes les familles d’engins pour lesquelles il existe une offre commercialisée en France. Il s’agit de mesurer la part de ventes des versions électriques par rapport aux modèles thermiques.
Le constat est sans appel : 0,8 % des engins vendus en France en 2024 sont électriques. Une proportion identique au niveau européen selon les travaux du CECE, le Comité européen des équipements de construction. « Moins de 1 %, alors que les solutions existent : le potentiel de développement est considérable si l’on lève les verrous », insiste Richard Cleveland.
L’électrification concerne surtout les petits matériels et les engins compacts, très utilisés en milieu urbain et périurbain, où l’enjeu environnemental et sociétal est particulièrement fort.

Les verrous à lever : coûts, énergie, perception

Longtemps, le manque d’offres a été pointé du doigt. « Ce n’est plus un sujet », tranche Richard Cleveland. Evolis a même recensé dans un flyer l’intégralité des modèles électriques disponibles en France, de toutes marques et catégories : mini-pelles, pelles, tombereaux compacts, chariots télescopiques, nacelles, etc. Un recensement complet couvrant 70 % du marché, voire 90 % si l’on intègre les nacelles.
Le véritable obstacle reste le coût d’acquisition, supérieur au thermique. Mais l’organisation invite à raisonner en coût global de possession, ou TCO, en raison « d’une maintenance réduite, d’une énergie moins coûteuse selon le prix du kWh et d’une meilleure disponibilité, précise Richard Cleveland. Pour certaines catégories comme les nacelles, le TCO est déjà favorable à l’électrique. »
Un second verrou, plus structurel, concerne l’accès à l’énergie électrique sur les chantiers. Evolis travaille sur le sujet au sein du consortium interprofessionnel Cinergic, qui publiera bientôt un guide à destination des maîtres d’ouvrage pour anticiper les délais de raccordement au réseau, en particulier pour les collectivités.

EcoRate : objectiver les bénéfices de l’électrique

Pour aider à dépasser les hésitations et mettre fin aux comparaisons impossibles entre constructeurs, Evolis a lancé EcoRate, une méthodologie commune de calcul de la performance globale des engins mobiles. Développé avec les services engineering et RSE des fabricants établis en France et en Europe, et avec l’appui du cabinet Kandeel, EcoRate aide à chiffrer les bénéfices réels, avec des externalités positives mesurables : CO2 évité par rapport aux modèles thermiques, polluants atmosphériques réduits (NOx, CO, particules), nuisances sonores divisées améliorant la sécurité et la communication sur le chantier, confort renforcé avec moins de vibrations, attractivité professionnelle notamment pour les jeunes, meilleure acceptabilité sociétale des chantiers urbains par les élus et les riverains. « Si l’on cumule le TCO plus les bénéfices RSE, il n’y a quasiment plus de débat, résume Richard Cleveland. L’électrique n’offre que des atouts face au thermique. »
EcoRate, déjà testé et validé par les constructeurs, pourrait devenir un standard national, voire européen. Les fabricants y ont participé volontairement afin de disposer d’un étalon commun, après des années de calculs maison jugés « peu comparables » par les clients.

Un marché encore faible mais en progression lente

Si le baromètre complet n’est pas encore publié, Rudolph Ganzel confirme que « le marché reste faible ». Après une année 2023 autour de 1 %, les segments pelles et chargeuses devraient rester « autour de 1 % » en 2024. En intégrant les matériels plus rapidement électrifiés (nacelles, chariots télescopiques, etc.), la part grimpe entre 3 et 4 %.
Le contexte économique ne joue pas en faveur d’une accélération. Les élections municipales, prévues en 2026, devraient entraîner un ralentissement des commandes publiques. « On sait par expérience que ce sera une année compliquée », observe-t-il. La FFB anticipe une amélioration modérée, portée par la reprise des permis de construire, mais rien de spectaculaire.

Bientôt, des aides massives à L’achat d’engins électriques

Malgré ce contexte, une bonne nouvelle est imminente. Un appel à projets pour l’aide à l’achat d’engins de chantier électriques sera lancé d’ici la fin de l’année, annonce Richard Cleveland. Les modalités, élaborées par l’administration et l’Ademe avec l’appui d’Evolis, sont encore en cours de finalisation. Les premières candidatures devraient pouvoir être déposées « avant le 31 décembre ». L’aide couvrira l’achat d’engins électriques, le rétrofit d’engins thermiques et les solutions de recharge, également éligibles. L’objectif est clair : il s’agit de réduire significativement l’écart de coût facial entre versions électriques et thermiques, un décalage pouvant atteindre plusieurs dizaines de points.

Une stratégie globale pour accélérer la transition

Avec ce baromètre, EcoRate et les aides à venir, Evolis déploie une « stratégie coordonnée » visant à doter la filière des outils nécessaires pour faire décoller l’électrification. « Les matériels existent. Il faut maintenant les vendre », résume Rudolph Ganzel. L’électrification n’est plus seulement un enjeu de CO2 ou de réglementation, c’est un « levier d’attractivité, de sécurité, de santé publique et d’acceptabilité sociale ». Un changement systémique auquel la filière et Evolis entendent bien contribuer.

Propos recueillis par Jean-Pierre Le Port

Image : Première chargeuse électrique Volvo CE L120 livrée en France. Elle sera utilisée à la centrale BPE de Saint-Apollinaire (21), appartenant à la Sabevi, filiale du groupe Roger Martin. Son activité consistera à alimenter les stocks de matériaux et à nettoyer la plateforme. Les essais ont montré que la chargeuse est capable de travailler plus de 7 h sans être rechargée, même en biberonnage.
©MC/JPLP