Les premières campagnes de terrain pour la mise à jour de l’inventaire des ressources minérales du sous-sol français s’achèvent cet automne. Le BRGM, lors d’un point presse tenu à Orléans dans le cadre du 74e congrès-exposition de la Société de l’industrie minérale, a précisé les échéances de rendu de ses conclusions.
Lors du Conseil de planification écologique tenu en septembre 2023, le président de la République avait annoncé la mise à jour de l’inventaire des ressources minérales françaises, afin d’identifier les zones présentant un potentiel de ressources d’intérêt stratégique, en écho aux orientations politiques initiées à la suite du rapport Varin.
Le programme a démarré en juillet 2024, pour une durée de cinq ans, jusqu’en 2029. C’est la première phase, une deuxième portera probablement sur d’autres régions à haut potentiel minier, a annoncé le BRGM à Orléans le jeudi 16 octobre. « La livraison des résultats a lieu au fil de l’avancement, nous n’attendons pas la fin des levés car ces données sont réclamées depuis plusieurs années », a expliqué en préambule Blandine Gourcerol, cheffe de projet au BRGM. C’est le cas notamment des industriels, qui attendent beaucoup d’un inventaire structuré pour lever des freins économiques, juridiques et sociétaux dans le développement de nouveaux projets.
Données obsolètes
Le premier inventaire minier français – et le dernier – remonte aux années 1970. Il a été initié après le premier choc pétrolier, en 1975, et portait sur une vingtaine de substances considérées comme stratégiques à l’époque, notamment des métaux non ferreux ou d’alliage, aluminium, cuivre, étain. Les zones d’étude étaient centrées sur des massifs anciens, et l’investigation a été menée à une faible profondeur, moins de 300 m.
Aujourd’hui, le programme porte sur des régions non investiguées, au potentiel inconnu, mais aussi sur des zones aux gisements identifiés mais dont les contours et les extensions en profondeur sont méconnus car ils n’ont pas été explorés dans le cadre du premier inventaire.
Cinq zones ont été identifiées dans l’Hexagone et en Outre-mer : Vosges, Morvan-Brévenne, Massif central, Pyrénées-Cévennes, Guyane.
Nouveaux métaux stratégiques
Grâce à de nouvelles techniques d’analyse géochimiques et géophysiques, 66 substances vont être recherchées dont 55 d’intérêt (matériaux critiques et stratégiques comme le lithium et le tantale).
Les techniques d’exploration ont connu ces dernières décennies des avancées majeures, à l’image des levés à grande échelle permettant d’atteindre 1 km de profondeur d’investigation. « L’analyse de la donnée numérique a aussi énormément évolué et l’IA nous permet aujourd’hui de détecter des informations qui n’étaient pas détectables il y a 20 ans », illustre Karim Ben Slimane, directeur du projet.
Des données disponibles chez des tiers, comme des industriels, sont intégrées à l’analyse pour identifier de nouveaux enjeux, par exemple les zones favorables en lithium. Les données historiques ont bien sûr fait l’objet d’une synthèse, appuyée par la collection physique déjà détenue par le BRGM. « Parfois il n’y a pas du tout de collection donc elle doit être relevée totalement, comme ça a été le cas pour les Pyrénées-Cévennes ».
Premiers résultats en 2026
Le premier livrable, portant sur la région des Vosges, sera remis à l’Etat en juillet 2026. En septembre dernier, trois équipes ont été mobilisées pendant trois semaines sur 72 communes et ont prélevé 332 échantillons, en complément des 3 461 déjà disponibles.
Les conclusions pour la région Massif central sont attendues pour septembre 2027, celles pour la région Morvan-Brévenne fin 2027 et celles pour la région Pyrénées-Cévennes en septembre 2028.
Enfin, les conclusions concernant la Guyane sont attendues pour février 2029.
Le BRGM explique avoir rencontré peu de cas de refus de prélèvement. « Les actions de médiation scientifique sur le terrain sont bien reçues par les parties prenantes et donnent lieu à des échanges riches en enseignements, note Karim Ben Slimane. Les maires se sont montrés au rendez-vous, y compris dans des communes traditionnellement opposées à la mine ». Enfin, et c’est une bonne nouvelle pour la profession, de nombreux jeunes géologues se sont engagés dans ces observations de terrain et se tiennent prêts pour les prochaines campagnes.
Le projet, chiffré à 63 millions d’euros, est financé dans le cadre de France 2030 par l’Agence nationale de la recherche.
Sonia Puiatti
Démarches à travers l’Europe
Le règlement européen sur les matières premières critiques, le Critical Raw Material Act, est entré en vigueur en mai 2024. Dans son article 19, il introduit les “programmes nationaux d’exploration”, qui doivent inclure « des mesures visant à accroître les informations disponibles sur les occurrences de matières premières critiques de l’Union ».
Le BRGM a présenté à Orléans un état des lieux des démarches d’inventaire à travers l’UE, après avoir enquêté auprès des autres services géologiques nationaux.
Sur les 27 pays, plus de la moitié (60 %) ont adopté officiellement un programme national d’exploration (PNE). Quatre Etats sont en train de le développer, trois n’ont pas encore démarré et quatre n’en ont tout simplement pas : la Croatie, le Danemark, la Suisse et la Grande-Bretagne.
Sur ceux qui se sont dotés d’un PNE, le BRGM note un écart entre les différents Etats dans la sécurisation de ressources humaines et financières pour l’implémenter. Une majorité déclare des ressources humaines ou techniques limitées (65 %) et des ressources financières insuffisantes (61 %). « La France est citée en modèle dans la préparation et la réalisation de son inventaire », souligne Guillaume Bertrand, géologue expert au BRGM et auteur de cette étude.
Image : L’inventaire en Guyane a été lancé le 20 mars. Cette partie du programme porte sur une bande entre, à l’est, Cayenne, et la frontière avec le Suriname à l’ouest. Des méthodes comme la géophysique aéroportée et des analyses géochimiques des sédiments de rivières ont été employées.
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