Une iconique Litronic R972 dans le bas bocage vendéen

En Vendée, la Socma – une filiale du groupe Charpentier – a réceptionné au mois de septembre une pelle Liebherr R972 (une Litronic et pas une SME) pour alimenter les deux tombereaux de l’échelon de production. La machine a remplacé quasiment au pied levé une pelle fatiguée du même tonnage. Bien plus évoluée, elle alimente selon un rythme régulier le poste primaire en s’aidant du remplissage semi-automatique du godet. Une option utile pour éviter les blocages au remplissage. Quant au SAV, la pelle est suivie par l’agence SOMTP créée à proximité juste avant la mise en service de la pelle.

Au deuxième gradin de la carrière Socma, à Saint-Hilaire-le-Vouhis (85), dans le bas bocage vendéen, la pelle Liebherr R972 charge le tout-venant abattu dans les deux tombereaux rigides de l’échelon de production. Les mouvements de l’engin sont fluides : le godet récupère les matériaux – mélange de gneiss et de rhyolite – sans difficulté et se remplit en un dôme bien réussi. Neuf passes suffisent à charger chacun de ces engins de 63 à 65 t de charge utile en une dizaine de minutes. Ce qui ne se voit pas, c’est qu’à l’intérieur de la pelle l’opérateur pilote le chargement uniquement de la main gauche lors du mouvement de rentré du balancier. La droite est libre. Il se sert du Bucket Fill Assist (BFA), une fonction de remplissage semi-automatique du godet développée par Liebherr et disponible sur toutes les pelles de 70 à 100 t. « Pour les bons opérateurs, le BFA constitue une aide à la conduite. Pour ceux qui n’interviennent qu’à l’occasion, c’est une aide au remplissage pour former de beaux godets », reconnaît Philippe Hoerner, expert produits pour les pelles 50 à 100 t chez Liebherr France. « L’intérêt du BFA est de réduire la consommation de carburant de la pelle au chargement en évitant tout blocage lors du remplissage par une détection des capteurs, poursuit ce spécialiste des pelles de terrassement. Mais il est toujours possible d’anticiper le levé de flèche pour faciliter le mouvement de remplissage. »

Trouver au plus tôt une pelle neuve de 70 t

La pelle est récente. Elle a été mise en service il y a quatre mois, à la fin de l’été, au mois de septembre, pour remplacer une pelle Hitachi ZX670 fatiguée après 20 000 heures de service.
Des réparations à répétition associées à une casse de la couronne d’orientation fin juillet ont poussé l’exploitant à la remplacer plus tôt que prévu. « Il n’était pas question d’investir à nouveau dans des réparations, se rappelle Philippe Bitouzé, directeur du pôle industrie au sein du groupe Charpentier. Il fallait une pelle neuve en remplacement dès le retour des congés d’été. »
Pas facile de trouver une machine de 70 t adaptée à la carrière en si peu de temps. Une chance, Liebherr France avait un modèle en stock pouvant correspondre. Encore fallait-il qu’elle réponde aux critères de l’exploitant. Le plus important était d’assurer le débit d’alimentation du poste primaire jusqu’à 600 t/h depuis les sept gradins de la carrière ouverts à l’exploitation. Pour y parvenir, la pelle avait pour mission de charger les deux tombereaux, un Komatsu HD605-7 de 63 t de charge utile et un Caterpillar 775E (65 t), en 9 passes avec un 0/600 mm en brut d’abattage contenant des échappés à 700 mm.
C’est donc cette pelle Liebherr R972 G6.2 sortie de l’usine de Colmar au printemps dernier qui a été retenue. Pourquoi ce modèle ? « La pelle R972 LC-V peut être configurée pour les applications de gros terrassement ou de carrière, reconnaît Philippe Hoerner. Le choix de l’équipement, des options et du godet a déterminé l’orientation de l’application. Pour la Socma, la configuration carrière avec équipement court et châssis adapté a été retenue pour recevoir un godet à usage sévère de 4,2 m3. La pelle R978 SME de gamme supérieure – c’est une machine de 80 t – aurait permis de monter un godet de plus grosse capacité. Mais ce n’était pas une nécessité dans le cahier de charge de l’exploitant. »

Une pelle de quasiment 78 t

La configuration de cette nouvelle pelle correspond à une utilisation sur le front de taille. Elle privilégie la force d’arrachement avec un équipement court : une flèche monobloc de 7,00 m associée à un balancier de 2,60 m. Des protections sous le balancier et sur le vérin de godet complètent la panoplie. Autre point à signaler : la pelle est montée sur un châssis LC-V capable d’assurer sa stabilité lorsqu’elle se sert du godet. Cet outil relativement lourd, dont le poids à vide approche les 5 t, peut emporter 7 t de matériaux. Rempli à 90 %, il constitue un ensemble conséquent de 12 t en bout de flèche. Pour une machine de 73 t, l’ajout de ce godet amène le poids en ordre de marche à 78 t. Là, on n’est pas loin d’atteindre la classe supérieure. Ce godet est un modèle HDV issu du catalogue Liebherr avec une lame semi-delta. Destiné aux applications les plus sévères, il est équipé de nombreuses protections internes et externes pour résister à l’usure élevée du site. La durée de ces pièces est d’environ 250 h. Elles ont déjà été changées. Quant aux quatre dents – de la gamme Z90 en profil CR de Liebherr également – l’exploitant envisageait leur changement au mois de décembre, car l’abrasion est élevée dans cette exploitation. Ces pièces font l’objet d’une inspection régulière pour éviter les pertes de productivité de la machine.

Un appel d’air

Le SAV figurait également dans les critères de sélection de l’exploitant, avec l’obligation d’avoir un représentant Liebherr à proximité. Pour la région, c’est SOMTP qui officie. Son implantation en Vendée est toute récente, à seulement 12 km de la carrière, avec une agence inaugurée au printemps à Fougeré, entre la Roche-sur-Yon et Chantonnay. Après un trajet d’un quart d’heure en voiture, un technicien peut être à pied d’œuvre à la carrière. Une aubaine pour l’exploitant. « On imagine une réactivité qui sera à la hauteur de nos attentes », espère Philippe Bitouzé. Pour Liebherr, c’est également l’assurance que les utilisateurs de la marque seront dépannés sans délai. Et il y en a quelques-uns dans la région. A ce propos, il est toujours intéressant pour un constructeur de savoir comment pallier son absence dans une zone considérée comme blanche : est-ce en demandant à son réseau d’implanter une agence pour faire connaître la marque ou, à l’inverse, de commencer par commercialiser des machines pour créer ensuite une agence ? Il ne semble pas y avoir eu débat pour Mickael Prémartin, directeur commercial de SOMTP Ouest : « C’est SOMTP qui a pris l’initiative d’investir et de faire appel à un architecte pour concevoir l’agence. » Selon lui, « elle a été créée pour faire un appel d’air ».

Bien préparer la plateforme

La pelle travaille en un poste de 8 h et alimente deux silos au poste primaire, l’un de 1 200 t utiles abritant les matériaux des gradins supérieurs – de moins bonne qualité – l’autre de 1 700 t avec des matériaux plus homogènes provenant des gradins inférieurs. Ces stocks peu importants laissent seulement une autonomie de travail d’une demi-journée à l’installation, imposant un rythme soutenu au chargement, surtout s’il est effectué depuis le gradin le plus bas, à 105 m sous le terrain naturel, avec une pente à 10 % pour attendre le poste primaire. Philippe Bitouzé a noté qu’une à deux passes supplémentaires sont nécessaires pour charger les tombereaux par rapport au travail effectué par l’ancienne pelle. « Ce n’est pas pénalisant pour le débit du poste primaire, explique-t-il, car il reste le même. » Cette différence tient au fait que la nouvelle machine est « plus dynamique et plus fluide » malgré un godet plus petit. Le précédent était de 4,5 m3. Avec son moteur Liebherr V8 en Phase 5 de 330 kW, la pelle R972 consomme en moyenne 41 l/h de GNR contre 44,3 l/h pour l’ancienne pelle. La nouvelle machine est utilisée à 90 % en mode Eco. Ce choix participe à réduire la consommation, mais il faut aussi ajouter le travail effectué par Liebherr sur la définition du godet pour ne pas être surdimensionné par rapport au chargement à effectuer, comme l’explique Philippe Hoerner : « L’adéquation du godet à la pelle est importante pour que le chargement soit réalisé sans précipitation ». Selon lui, « il vaut mieux remplir un godet de plus pour réaliser la production et ne pas consommer plus que nécessaire. » En combinant un meilleur taux de remplissage du godet, un temps de cycle plus rapide et une meilleure pénétration dans le brut de minage, le Bucket Fill Assist peut faire baisser la consommation d’une pelle jusqu’à 10 %, estime le constructeur. A l’année, ce sont des économies appréciables sur cette gamme d’engin.
A la carrière Socma, cette fonctionnalité n’est pas utilisée en permanence, seulement lorsque le tout-venant devient difficile à charger. La condition est d’avoir une plateforme bien réalisée pour travailler à la bonne hauteur. Aussitôt créée, l’opérateur n’a théoriquement plus qu’à poser le godet au pied du tas et à tirer sur le vérin de balancier pour que la pelle effectue automatiquement le cycle de remplissage du godet. Il peut reprendre la main à tout instant. Un détail fait la différence : le BFA doit être adapté à la blocométrie des matériaux à charger sur le display de la pelle.

Adapter la pelle aux habitudes et pas l’inverse

La R972 fait partie des pelles de la dernière génération– la G6.2 – où plusieurs modes de régime moteur sont proposés pour adapter la puissance disponible de la machine au rendement demandé. « Le choix du mode de régime moteur a un impact important sur la consommation finale de la pelle », précise Philippe Hoerner. La machine dispose également de modes de travail plus évolués que sur une pelle classique, nécessitant toutefois « une prise en main plus poussée », précise-t-il. A l’opérateur de choisir comment régler la réactivité de sa machine pour qu’elle soit plus dynamique ou plus souple, avec des mouvements plus ou moins rapides. Il s’agit « d’adapter la pelle aux habitudes de l’opérateur, et pas l’inverse », commente ce spécialiste des pelles.
Un exemple avec la fonction Modetronic : elle permet d’adapter le comportement hydraulique de la machine à l’application, tout comme aux habitudes de conduite de l’opérateur. « Cette fonction impacte la vitesse des mouvements de rotation, de translation, de la flèche, du balancier et du godet pour apporter du confort et de la productivité », souligne le représentant du constructeur. Un plus lorsqu’il faut travailler vite.

Jean-Pierre Le Port

Image : Les tombereaux sont chargés en 9 passes. C’est une à deux de plus qu’avec l’ancienne pelle, mais le débit de l’alimentation de l’installation est resté le même. En contrepartie, la R972 travaille quasiment en flux tendu.
©m&c/JPLP