Après plus de vingt années d’existence, le syndicat Carrières indépendantes du Grand Ouest (Cigo) a changé de nom pour devenir Sigo ou Sociétés indépendantes du granulat optimisé. Une évolution qui acte l’élargissement national du syndicat et l’intégration des producteurs indépendants de granulats recyclés. Et cela dans un contexte de mutations réglementaires, environnementales et économiques de la filière.
Créé en 2002 sous le nom de Cigo – Carrières indépendantes du Grand Ouest – le syndicat professionnel des exploitants indépendants de carrières amorce une nouvelle étape de son histoire. L’organisation a annoncé au mois de septembre 2025 son changement de nom pour devenir Sigo, signifiant Sociétés indépendantes du granulat optimisé. Une évolution qui dépasse la simple question d’identité et traduit un repositionnement stratégique de la profession face aux mutations économiques, environnementales et réglementaires de la filière granulats.
Un nom pour refléter une réalité déjà nationale
Historiquement ancré dans le Grand Ouest, Cigo a progressivement étendu son périmètre d’action bien au-delà de cette zone. « Depuis plusieurs années, nos adhérents et nos actions dépassaient largement le cadre régional. Nous intervenions déjà à l’échelle nationale », rappelle Martial Rault, président de Sigo et directeur général de l’entreprise Rault.
Fin 2025, le syndicat a fédéré 110 sites adhérents répartis sur 9 régions et 23 départements, contre 60 sites et 4 régions dix ans plus tôt. Dans ce contexte, « l’appellation Carrières indépendantes du Grand Ouest ne correspondait plus à la réalité du terrain », résume le président. Le choix de conserver le nom Sigo, déjà largement identifié à l’oral dans les instances professionnelles et administratives, s’est imposé comme un compromis entre continuité et modernité. « A l’oral, Sigo reste Cigo. Nous ne tournons pas le dos à l’histoire du syndicat ni à ceux qui l’ont construit. Ce changement traduit une évolution, pas une rupture », souligne Martial Rault.
Intégrer le recyclage, sans renier l’extraction
Au-delà de la dimension géographique, le nouveau nom reflète surtout l’élargissement du métier du syndicat. Sigo intègre désormais officiellement les producteurs indépendants de granulats recyclés aux côtés des exploitants de carrières. Cette ouverture est le fruit d’une réflexion engagée depuis près de trois ans, accélérée par le renouvellement du bureau et l’évolution rapide de la filière. « Aujourd’hui, nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, déjà recycleurs », constate Martial Rault.
Raréfaction des gisements, pression réglementaire, exigences croissantes en matière d’économie circulaire, les frontières entre extraction et recyclage s’estompent. L’enjeu pour Sigo est d’articuler des intérêts parfois perçus comme divergents. Le syndicat mise sur une logique de complémentarité : le granulat recyclé ne remplace pas totalement le granulat naturel, mais le complète selon les usages. Des groupes de travail mixtes, des ateliers techniques et le partage de retours d’expérience doivent permettre d’harmoniser les pratiques et d’anticiper les évolutions réglementaires au sein du syndicat.
Une réponse aux mutations réglementaires
Le changement de nom intervient dans un contexte de pression réglementaire accrue. Allongement des procédures d’autorisation, multiplication des études environnementales, forte pression des associations, exigences liées aux installations classées (ICPE), sans oublier la loi Agec et les directives européennes. C’est connu, les exploitants indépendants font face à une complexité croissante.
Pour Sigo, l’optimisation des ressources devient un axe central. Concrètement, cela se traduit par le recyclage des bétons de démolition, la création de plateformes de tri, l’utilisation d’installations mobiles de traitement à sec ou par voie humide, ou encore la valorisation locale des matériaux afin de réduire les transports et l’empreinte carbone. Si le développement des granulats recyclés est en partie une contrainte réglementaire, il représente aussi une opportunité économique « avec de nouveaux marchés, une baisse des coûts logistiques, une réponse aux attentes des collectivités et des donneurs d’ordre publics, mais aussi une amélioration de l’image des entreprises », énumère Dominique Barbier, secrétaire générale de Sigo.
Renforcer la voix des indépendants
Avec cette nouvelle identité, Sigo entend renforcer sa représentativité dans le dialogue avec les pouvoirs publics, les administrations et les partenaires institutionnels. Sans prétendre concurrencer les grandes organisations majoritaires du secteur, le syndicat revendique une spécificité, celle d’un réseau d’entreprises indépendantes, patrimoniales, fortement ancrées dans les territoires. « Notre force, c’est la proximité, la réactivité et la connaissance fine du terrain », insiste Martial Rault. Un positionnement apprécié par certaines administrations, notamment les Dreal, qui voient dans Sigo « un interlocuteur structuré et opérationnel », précise-t-il.
Une ambition affirmée pour les années à venir
Pour les cinq à dix années à venir, Sigo affiche des objectifs clairs : un maillage national complet, la reconnaissance comme porte-voix des producteurs indépendants de granulats, et un rôle de référent sur les questions d’économie circulaire et de valorisation locale.
Parmi les grands chantiers identifiés, le représentant du syndicat cite la simplification administrative, l’innovation et la digitalisation (traçabilité, bilans carbone, optimisation logistique), la formation et la transmission des entreprises, ainsi que la valorisation des métiers auprès des territoires. « Optimiser les ressources, valoriser les territoires, c’est plus qu’un slogan, c’est le nouveau nom du syndicat, et il résume l’ambition de Sigo », confie Martial Rault. Celle d’accompagner les entreprises indépendantes dans une filière en mutation, sans renoncer à leurs valeurs fondatrices : l’emploi local, la liberté d’entreprendre et le développement durable.
Jean-Pierre Le Port
Image : Le bureau de Sigo, avec sa nouvelle identité et sa nouvelle ambition pour les producteurs indépendants de granulats. Avec, de g. à d., Germain Charier (vice-président), Martial Rault (président), Dominique Barbier (secrétaire générale), David Hervé (trésorier), Didier Airieau (secrétaire), Florian Palvadeau (secrétaire), Jean-Marie Lessard (vice-président).
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