L’Union européenne peine à réduire sa dépendance aux importations d’un petit nombre de pays pour son approvisionnement en matières premières critiques, cruciales pour atteindre ses objectifs énergétiques et climatiques, a estimé la Cour des comptes européenne dans un rapport publié le 2 février. « La situation est grave, tant nous dépendons aujourd’hui d’une poignée de pays tiers pour l’approvisionnement de ces matières« , a constaté l’Estonienne Keit Pentus-Rosimannus, membre de la Cour des comptes européenne responsable de l’audit. A titre d’exemple, la Chine fournit 97 % du magnésium (utilisé dans les électrolyseurs produisant de l’hydrogène) et la Turquie, 99 % du bore (utilisé dans les panneaux solaires) de l’UE. Malgré un règlement européen adopté en 2024 et censé garantir sur le long terme la sécurité d’approvisionnement de 26 minéraux jugés critiques, l’Union européenne aura dans les faits « du mal à sécuriser, d’ici la fin de la décennie, l’approvisionnement en matières premières stratégiques« , estime l’instance dans son rapport.
Pas de résultats tangibles
L’Europe espère notamment réduire sa dépendance à l’égard de quelques pays producteurs ou transformateurs, au premier rang desquels la Chine, mais ces efforts « n’ont pas encore produit de résultats tangibles« , relève les auditeurs de l’instance. L’UE a par exemple signé, au cours des cinq dernières années, 14 partenariats stratégiques sur les matières premières, dont sept avec des pays ayant des scores de gouvernance médiocres. Entre 2020 et 2024, les importations en provenance de ces pays partenaires ont diminué pour la moitié environ des matières premières examinées. Certaines autres actions de l’UE sont au point mort (comme les négociations avec les Etats-Unis, qui ont été interrompues en 2024), tandis que d’autres doivent encore se concrétiser (comme l’accord UE-Mercosur avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, pays riches en matières premières critiques, qui n’a pas encore été ratifié par chaque Etat membre).
Des taux de recyclage faibles
Le règlement sur les matières premières critiques prévoit également qu’à l’horizon 2030, au moins 25 % des matières premières stratégiques consommées dans l’UE devront provenir de sources recyclées. Mais les perspectives ne sont pas encourageantes puisqu’à l’heure actuelle, 7 des 26 matériaux nécessaires à la transition énergétique présentent des taux de recyclage compris entre 1 % et 5 %, tandis que 10 autres ne sont pas recyclés du tout. En outre, la plupart des objectifs de recyclage de l’UE n’ont pas été établis pour les matières premières prises individuellement. En conséquence, ils n’incitent pas au recyclage de certaines d’entre elles, en particulier celles qui sont plus difficiles à extraire, comme les terres rares dans les moteurs électriques ou le palladium dans l’électronique. Ils n’encouragent pas non plus l’utilisation de matériaux recyclés. Les auditeurs soulignent que les recycleurs européens sont confrontés à des coûts de transformation élevés, à la disponibilité réduite des matériaux ainsi qu’à des obstacles technologiques et réglementaires qui freinent leur compétitivité.
Extraction et transformation au point mort
L’UE vise également à stimuler l’extraction intérieure des matières premières stratégiques pour couvrir 10 % de sa consommation. Mais en pratique, les activités d’exploration sont peu développées. Et même lorsque de nouveaux gisements sont découverts, il faut parfois jusqu’à 20 ans pour qu’un projet minier européen devienne opérationnel. Difficile dès lors d’imaginer de quelconques résultats concrets à l’horizon 2030. Quant aux capacités de transformation – qui sont censées pouvoir couvrir 40 % de la consommation de l’UE d’ici à 2030, elles sont quasiment à l’arrêt, notamment en raison des coûts élevés de l’énergie qui peuvent fortement réduire leur compétitivité. L’UE risque de se trouver prise dans un cercle vicieux, avertissent les auditeurs. Le manque d’approvisionnement empêche le développement des projets de transformation, qui lui-même sape la motivation à sécuriser l’approvisionnement. Tout cela « nous rend vulnérables et discrédite notre objectif d’être une puissance géopolitique forte et indépendante, surtout si l’un de nos partenaires commerciaux décide d’instrumentaliser la dépendance » européenne vis-à-vis de ces matériaux, a commenté Keit Pentus-Rosimannus lors d’une conférence de presse.
Les matières premières critiques sont des matières premières importantes sur le plan économique et exposées à un risque élevé pour l’approvisionnement. La liste la plus récente, intégrée dans le règlement sur les MPC, en recense 34, dont 26 sont nécessaires aux technologies clés liées aux énergies renouvelables et 17 sont considérées comme des matières premières stratégiques.
La rédaction
Image : Centrale solaire flottante à la carrière Quarzwerke de Haltern am See (Allemagne).
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