Le sol rougeâtre du sud de la Chine renferme une des clés de la puissance du pays : les terres rares, convoitées par le monde entier et exploitées à grande échelle dans des conditions secret-défense.
Les collines de la province du Jiangxi abritent la majorité des mines chinoises de ces éléments métalliques, au pouvoir d’aimantation appliqué dans une multitude de domaines : smartphones, avions de chasse, voitures électriques, éoliennes…
A Ganzhou, épicentre de cette activité, des ouvriers achevaient fin décembre le nouveau siège social d’un des deux géants étatiques assurant l’exploitation de ce trésor, China Rare Earth Group. Comme le nom de la société, l’artère où se situe le bâtiment affiche la couleur. Son nom? « Avenue des Terres rares ».
Mais un épais voile de secret enveloppe ce secteur aussi stratégique que florissant, comme ont pu le constater des journalistes de l’AFP, qui au cours d’un reportage dans la région ont été constamment suivis et épiés par des hommes non identifiés. L’accès aux mines et aux usines est strictement restreint et les entreprises sollicitées n’ont accepté aucune demande d’interview.
Plus de 3 000 sites extractifs
Le secteur est en plein essor : le nombre de sites d’extraction des terres rares en Chine est passé de 117 en 2010 à 3 085 aujourd’hui, selon l’Institut d’études géologiques américain (USGS). Et les habitants qui acceptent de parler à l’AFP confirment que l’activité est intense. « C’est l’effervescence 24 heures sur 24, sept jours sur sept« , affirme sous couvert de l’anonymat un résident de la ville de Banshi, où un vaste parc industriel doit accueillir de nouvelles installations de traitement.
Dès 1992, le dirigeant Deng Xiaoping avait souligné l’intérêt stratégique de la ressource : « Le Moyen-Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares« , avait-il souligné, lançant le développement accéléré du secteur. Depuis, la Chine a tiré parti de ses réserves – les plus importantes du monde – pour dominer le traitement et l’innovation dans ce domaine. L’arme s’est montrée redoutablement efficace pour riposter aux droits de douanes infligés au printemps 2025 par le président américain Donald Trump. En imposant des restrictions aux exportations de terres rares et des technologies afférentes, la Chine a fait trembler la planète et obtenu une révision des surtaxes américaines. Les Etats-Unis recherchent désormais à toute force des approvisionnements alternatifs.
Et l’Union européenne, durement touchée par les restrictions chinoises, a annoncé mobiliser 3 milliards d’euros pour financer des projets d’extraction, de raffinage et de recyclage de terres rares et de matières premières critiques.
En Chine, l’industrie est concentrée principalement dans deux zones. L’une est le district minier de Bayan Obo, en Mongolie intérieure (nord de la Chine). Il abonde en terres rares dites « légères », utilisés en particulier pour les aimants des objets du quotidien.
L’autre zone, autour de Ganzhou, est spécialisée dans les terres rares dites « lourdes », plus difficiles à extraire mais plus précieuses en raison de leur utilisation dans les aimants résistants à la chaleur, les moteurs d’avions de chasse, les systèmes de guidage de missiles et les lasers.
La rédaction avec l’AFP
Pour aller plus loin : L’Europe veut réduire sa dépendance à la Chine pour les terres rares
Image par Cyril Crausaz (Pixabay)

