L’Europe veut réduire sa dépendance à la Chine pour les terres rares

L’Union européenne doit dévoiler mercredi 3 décembre de nouvelles mesures pour réduire sa dépendance à l’égard de la Chine  concernant les terres rares et autres matières premières critiques, au cœur de tensions géopolitiques grandissantes.
La Chine, qui concentre la majorité des réserves mondiales de terres rares, domine non seulement l’extraction des minerais, mais a développé en plus un quasi-monopole sur le raffinage. Elle exerce une mainmise similaire sur certains métaux stratégiques, comme le gallium utilisé dans les semi-conducteurs.

L’Europe s’était dotée il y a deux ans d’une loi qui visait à sécuriser ses approvisionnements en matières premières dites critiques. Mais elle doit « muscler son jeu », pour le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, qui présentera aujourd’hui un plan baptisé ReSourceEU pour répondre à une situation internationale dégradée. L’UE se retrouve en effet prise en étau entre la Chine, qui a multiplié cette année les mesures de restriction à ses exportations de terres rares, et les États-Unis de Donald Trump, qui négocient des accords bilatéraux tous azimuts pour sécuriser leurs propres approvisionnements.

Selon une étude publiée lundi 1er décembre par la Chambre de commerce de l’UE en Chine, 60 % de ses membres disent s’attendre à des perturbations de leurs chaînes d’approvisionnement à cause des restrictions décidées par le gouvernement, et 13 % redoutent de devoir interrompre ou ralentir leur production.
Malgré la suspension en novembre d’une partie de ses restrictions, Pékin continue d’exiger des entreprises européennes « des renseignements relevant souvent, et c’est inquiétant, de secrets industriels », des « exigences qui s’apparentent aussi à du racket », a pointé également M. Séjourné.

Nouvelles mesures

L’une des mesures phares de ReSourceEU sera la création d’un centre européen des matières premières critiques, qui pourra faire des achats groupés et stocker des minerais, en s’inspirant notamment du JOGMEC, organisme créé il y a deux décennies au Japon. Le plan devrait aussi inclure des mesures supplémentaires pour favoriser la production sur le sol européen et encourager le recyclage des matières premières.

De son côté, l’organisation professionnelle Euromines appelle à accélérer les autorisations de nouvelles mines et fonderies, et limiter les recours contre ces mêmes projets. Elle demande aussi des garanties de financement, et des mécanismes pour aider à compenser les écarts de prix entre la Chine et l’Europe, qui constituent un énorme frein pour les producteurs du Vieux continent.

Parallèlement, le Commissaire européen en charge du Commerce, Maros Sefcovic, doit dévoiler la nouvelle doctrine de l’UE en matière de sécurité économique, avec là aussi des mesures pour galvaniser l’autonomie de l’Europe.
La doctrine existante, qui était la première du genre, est pourtant toute récente : elle date de 2023 et visait à l’époque à tirer les leçons de la pandémie de Covid-19 puis de la guerre en Ukraine, deux crises qui ont illustré l’extrême fragilité des chaînes d’approvisionnement européennes.
La nouvelle doctrine ne vise pas à développer l’arsenal commercial européen, mais à réévaluer les risques et à mettre à jour le manuel d’utilisation des principaux outils déjà à la disposition de Bruxelles : contrôle des investissements directs étrangers, restrictions à l’exportation de certains biens, diversification des pays fournisseurs…

Actualisation à 16h50 :

L’Union européenne va finalement débloquer près de 3 milliards d’euros pour réduire sa dépendance à la Chine dans ses approvisionnements en terres rares et autres matières premières critiques, a annoncé la Commission européenne mercredi après-midi. Cette enveloppe servira à financer des projets stratégiques dans l’extraction, le raffinage et le recyclage de ces minerais et métaux. Elle mobilisera pour ce faire des fonds issus de programmes européens et de la Banque européenne d’investissement.

Elle va en outre créer début 2026 un Centre européen des matières premières critiques. « Il aura trois principales missions : monitorer et évaluer les besoins, acheter en commun pour le compte des États membres et stocker et livrer en fonction des besoins des entreprises », a expliqué M. Séjourné.

Autre action concrète, Bruxelles veut restreindre en début d’année prochaine les exportations des rebuts et déchets d’aimants permanents (qui sont fabriqués à partir de terres rares et servent à de nombreux usages industriels), pour favoriser leur recyclage en Europe. L’UE prévoit aussi des restrictions plus ciblées aux exportations de déchets d’aluminium et pourrait faire de même pour le cuivre.

La rédaction avec l’AFP

Image : Arfvedsonite étoilée (amphibole sodique) du complexe alcalin à terres rares de Kringlerne (Fjord Kangerdluarssuq). La province du Gardar, au sud du Groenland, recèle plusieurs intrusions alcalines qui constituent de grandes réserves potentielles en terres rares (Groenland, 2013).
©BRGM – Nicolas Charles