Bauma a une nouvelle fois rappelé que l’innovation prospère là où les gens se rassemblent avec une vision, un enthousiasme et du dynamisme. L’édition 2025 a été un bel événement avec plus de 600 000 visiteurs. Et pas mal de choses à voir. En voici une sélection.
La dernière édition du salon Bauma, qui s’est déroulée à Munich du 7 au 13 avril 2025, a donné de l’élan et insufflé un esprit d’optimisme dans un contexte géopolitique qui crée des incertitudes dans les conditions macroéconomiques européennes actuelles. Ce salon a démontré encore une fois le potentiel d’énergie du secteur, en étant le théâtre d’innovations et de partenariats. Plusieurs tendances ont émergé comme la réduction des émissions de CO2, les technologies d’entraînement, les motorisations alternatives, l’autonomie, la sécurité des engins. Bauma continue d’être une source d’inspiration pour les visiteurs et les exposants venus du monde entier. Ce salon professionnel est toujours le plus grand et le plus important au monde dans le secteur de la construction, et il aura certainement un impact positif sur le climat des affaires. Mais il ne contribuera pas à lui seul à générer une demande supplémentaire.
Cette année, les organisateurs ont enregistré 600 000 visiteurs venus de plus de 200 pays et plus de 3 600 exposants de 57 nations. En dehors des halls d’exposition, on pouvait voir de nombreux jeunes à l’espace Think Big destiné aux élèves et aux étudiants (15 000 participants), mais aussi au lieu d’échange Lab0, à l’espace très fréquenté des start-up, au pôle scientifique et au MIC 4.0, l’espace consacré à la numérisation.
La prochaine édition se déroulera du 3 au 9 avril 2028, à Munich.
Case : pilotage déporté et énergie alternative
Chez Case, l’attraction était l’Impact, un concept de chargeuse sur pneus compacte présenté dans l’espace Tech Room du constructeur. L’Impact est une machine entièrement télécommandée. Elle est destinée à effectuer des opérations critiques en toute sécurité grâce à un pilotage déporté. Ce poste de conduite permettra aux conducteurs en situation de handicap physique de continuer à travailler. Chez Case, on estime que l’amélioration de la sécurité sur les chantiers ouvre la voie à « l’équipement Case du futur, grâce à des systèmes de perception intégrés, combinée à une fonctionnalité semi-autonome ».
Case a également présenté une chargeuse à transmission continue CVT, la 1021G + X-Drive. Elle représente une nouvelle génération de grosses chargeuses sur pneus, combinant améliorations de la cabine et nouvelle transmission pour optimiser le rendement énergétique, la productivité et la sécurité. Plutôt utilisée en reprise, cette machine devrait combiner une consommation de carburant relativement faible et des coûts d’exploitation peu élevés. Dans la cabine, un écran tactile intuitif sert à personnaliser les performances de chaque opération.
Case s’est associé à Moog pour proposer une pelle électrique de grande taille, la CX210ZQ. Elle dispose d’un système de batteries modulaires ZQuip qui facilite son remplacement, afin que la pelle fonctionne selon un minimum de temps d’arrêt. La collaboration de Case avec Moog pour les systèmes de batteries électriques, et Gravis Robotics pour les technologies de numérisation et d’automatisation y compris le développement de véhicules lourds autonomes, montre l’engagement du constructeur à fournir des machines pratiques et prêtes pour un avenir décarboné.
Ces entreprises se concentrent sur l’électrification, la numérisation et l’automatisation.

©MC/JPLP
Caterpillar donne la priorité aux engins de nouvelle génération
Il y avait pas mal de machines à voir chez Caterpillar. En premier, le tombereau 775 Next Gen de 65 t de charge utile. Ce nouveau modèle devrait être proposé sur le marché en 2026. Ce qui change par rapport au 775G, l’ancien modèle, c’est l’utilisation d’un châssis tubulaire pour alléger la structure et améliorer les performances de l’engin. Caterpillar explique avoir réduit les soudures sur le châssis de 30 % minimisant ainsi les risques de fissures et améliorant la durée de vie du châssis. Conséquence : avec des coûts d’entretien qui devraient normalement baisser, la durée de vie du 775 Next Gen est estimée à 40 000 h, en théorie, car tout dépend évidemment de l’usage qui en sera fait. Sur la balance, ce nouveau modèle pèse 3 à 4 t de moins pour emporter 3 à 4 t de charge en plus. Moins lourd, le tombereau est aussi plus maniable. Caterpillar l’a équipé d’un nouveau système de suspension McPherson ayant pour effet de réduire le rayon de braquage avec un centre de gravité plus bas. Avec un engin plus maniable, le chauffeur ressent moins les secousses de la piste et les vibrations. A cela, il faut ajouter que la cabine est équipée dun nouveau siège Deluxe améliorant grandement le confort.
Il y a du nouveau du côté de la benne : Caterpillar propose un modèle à fond plat et avec des angles arrondis pour éviter de transporter les mêmes matériaux collés à chaque cycle. Cette benne est proposée avec un revêtement adapté à l’usage et tenant compte de l’abrasivité des matériaux. Le constructeur a également travaillé sur la motorisation. C’est toujours un C27 de 615 kW mais dans une version Tier 4 Final et Stage V pour répondre à la réglementation en termes d’émission de polluants. Le rendement énergétique est amélioré grâce aux commandes électroniques du groupe motopropulseur. Elles aident à réduire les temps de cycle.
Comme sur les autres engins Caterpillar, on retrouve des aides à la conduite en sécurité comme ces caméras proposant une vision panoramique à 360° autour de l’engin. Elles servent surtout à détecter les obstacles et les personnes, avec la fonction Cat Detect qui intègre aussi des radars servant à identifier les dangers à l’avant comme à l’arrière et dans les virages. Le 775 Next Gen est conçu pour évoluer sur le front de taille et il peut être chargé en 5 à 6 passes par une chargeuse 988 à bras longs ou par une pelle comme la 395 en butte (395 Front Shovel ou FS) exposée sur le stand Caterpillar. La dernière pelle en butte que Caterpillar a conçue date d’il y a 15 ans. La 395 FS de 93 t, dont le lancement est prévu au mois d’octobre, n’est pas la version définitive qui sera proposée, mais le constructeur n’avait pas meilleur endroit que Bauma pour la présenter. Trois objectifs étaient recherchés lors de son élaboration : une force élevée d’excavation et d’arrachement, des cycles de chargement rapides et un bon remplissage du godet, et cela de manière constante. Les essais ont montré que la pelle est capable de charger sélectivement dans des endroits difficiles sur le front de taille ou quand le front est exigu, grâce à son godet de 6,5 m3. La 395 FS est équipée d’un moteur Cat C18 de 405 kW conforme aux normes d’émission actuelles, à savoir Tier 4 Final et Stage V.

©Caterpillar
Sur son stand, Caterpillar avait fait venir une chargeuse 992 Next Gen. Sur ce modèle, la timonerie n’est plus en Z, comme sur l’ancien modèle, car le constructeur a voulu améliorer la cinématique en cherchant à réduire le temps de chargement. Cette nouvelle 992 remplace la 992 K avec une consommation qui ne devrait pas excéder 15 à 20 l/h. Le godet du modèle exposé était un outil de 14 m3 capable de charger un tombereau 777 en quatre passes. Dans la cabine, l’opérateur peut s’aider de l’outil Operator Coaching lui donnant, via un écran, ses performances en matière de chargement, ainsi que diverses données comme la fermeture du godet. Operator Coaching doit surtout être vu comme un outil pour améliorer à la baisse la consommation de la chargeuse.
Enfin, du côté des bouteurs, la nouveauté était le D8 Next Gen. Cette version est dotée de fonctions d’assistance pour réduire l’intervention de l’opérateur et pour faire en sorte qu’un opérateur moyennement formé puisse réaliser le travail demandé. En standard, Caterpillar propose une dizaine de fonctionnalités dont AutoCarry (utilise un signal GPS pour automatiser le levage de la lame), Cat Grade Solpe Assist (maintien automatique de la position préétablie de la lame), AutoRip (automatise la montée comme la descente du ripper). Le D8 a une boîte de vitesses automatique à 4 rapports avec répartiteur de couple à embrayage de verrouillage en standard. Sa motorisation est en Cat C15 (271 kW) en Tier 4 Final et Stage V.
Déjà la cinquième génération de pelles chez Develon
Pour sa première apparition à Bauma, Develon, anciennement Doosan Construction Equipment, a mis l’accent sur les pelles de nouvelle génération de la gamme -9. Il s’agit de la dernière étape d’un héritage remontant à cinq générations et ayant pris racine dans les années 1980 avec la gamme Solar. Deux pelles, dévoilées pour la première fois en Europe, ont été mises à l’honneur, la DX230LC-9 de 23 t et la DX260LC-9 de 26 t. Ces machines définissent un nouveau standard de matériels de construction avec des optimisations apportées dans quatre catégories : la sécurité et les fonctionnalités intelligentes, le confort de l’opérateur, l’optimisation de la productivité, et le design. En matière de sécurité, Develon a équipé les pelles de technologie de détection optimisée par l’IA, comme le système Smart All-Around Viewing Monitor ou SAVM : il permet de repérer les personnes en mouvement ou immobiles se trouvant à proximité des machines. En cas de détection, l’opérateur est alerté sur le moniteur via une combinaison de signaux visuels et d’alarmes sonores. Le système ALA (Advanced Liv Assist) indique en temps réel la possibilité de basculement de la machine. Les fonctions E-Stop et barrière virtuelle (Virtual Wall) servent à éviter les accidents non détectables par les opérateurs. Ces fonctions décomposent l’espace autour de la machine en zones de sécurité distinctes, une zone de danger en rouge et une zone à risque en jaune.
Concernant le confort de l’opérateur, ces pelles -9 sont équipées d’un tableau de bord facilitant leur utilisation. Il comprend une console fonctionnelle, un jog-shuttle et un moniteur. Develon propose aussi des solutions personnalisées qui s’appuient sur le système FEH ou Full Electro Hydraulic Control. L’opérabilité et la contrôlabilité de ces machines peuvent être ajustées en fonction des environnements de travail et des préférences de l’utilisateur de la pelle. Develon propose des solutions favorisant la productivité en adaptant les équipements aux préférences de l’utilisateur. L’une des caractéristiques repose sur l’adoption d’une clé numérique, un outil combinant technologies Bluetooth et 5G. Elle permet à la fois de déverrouiller la porte de la cabine, d’allumer le moteur et de régler les paramètres de climatisation à partir de l’application My Develon, et cela sans utiliser une clé physique.

©Develon
Pour Develon, ces pelles de la gamme -9 sont plus productives de 12 % que celles de la gamme précédente, la -7. Et elles consomment moins (8 %) en raison de la puissance du moteur. Explications : l’incorporation du système FEH, comprenant pompes, distributeur principal et limiteur de pression électroniques, permet d’économiser entre 1 700 l (pour la DX230LC-9) et 2 700 l (pour la DX260LC-9) de carburant toutes les 1 500 h de fonctionnement par rapport aux anciens modèles.
Autre outil destiné à améliorer l’efficacité de ces pelles, le système de pesage Weighing Assist. Il contrôle les niveaux de production et gère les volumes, en veillant à ce que les tombereaux soient chargés selon leur capacité. Ces pelles sont aussi équipées de la technologie Prognostics and Health Management destinée à contrôler les composantes-clés, telles que l’huile hydraulique, l’huile moteur, les pompes et les moteurs. L’objectif est détablir des prévisions pour programmer une maintenance prédictive.
Chez Komatsu, de L’électrique et du classique
On ne pouvait pas manquer cette grosse pelle minière sur le stand extérieur de Komatsu, la PC7000-11E, une machine à motorisation électrique en configuration rétro. Equipée d’un godet de 44 m3, le constructeur la destine à travailler avec des tombereaux miniers de la marque, comme le 730E (186 t de charge utile) et jusqu’au 980E (363 t de charge utile). Chez Komatsu, l’entraînement électrique est destiné à réduire jusquà 95 % l’empreinte carbone des émissions de Scope 1. Le constructeur évalue qu’avec remplacement du moteur diesel, la réduction des coûts de pièces induites ainsi que la maintenance associée génère des économies pouvant atteindre 50 % du coût de possession d’un moteur thermique classique, de type Tier 4. Son calcul prend en compte un prix du carburant à 1,16 /l et celui de l’électricité à 0,05 /l. Un détail : l’enrouleur de câble de cette pelle est automatique et rend les manœuvres plus sûres.

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Pour la carrière, Komatsu a présenté la dernière version du HD605 en -10. Ce tombereau de 64 t de charge utile, pour un volume de benne de 43 m3, a bénéficié d’améliorations notamment en motorisation. La précédente version (HD605-8) était déjà équipée d’un moteur en Stage V mais celui du HD605-10 développe 610 kW à 2 000 tr/min, ce qui représente une augmentation de 5,5 %. Pour le constructeur, il s’agit d’améliorer les temps de cycles, en les réduisant, grâce à une révision de la chaîne cinématique. Une des conséquences est que le véhicule consomme moins. Sur ce tombereau, Komatsu a aussi amélioré le système de refroidissement du moteur, ainsi que la pompe à débit variable afin de réduire les pertes de puissance PTO (Power Take-Off). Le constructeur a également intégré la fonction d’arrêt moteur automatique. En cas de ralenti prolongé, elle coupe systématiquement le moteur. La période est programmable jusquà 60 minutes. Trois modes d’exploitation sont proposés : puissance, économique et moteur e-light. Le premier, le mode puissance, peut être limité par une minuterie. L’économique, quant à lui, réduit la puissance maximale du moteur de 5 % par rapport au mode puissance ainsi que le régime pour les rapports supérieurs et inférieurs. Le régime moteur est également limité lors du déchargement de matériaux. Le dernier, le mode e-light, réduit la puissance de 15 % par rapport au mode puissance, et il est aussi réduit au déchargement.
Concernant la sécurité, Komatsu propose de nombreuses fonctions comme un éclairage LED complet afin d’apporter une meilleure visibilité. On note aussi un système de contrôle du freinage avant la mise en route du tombereau. Komatsu a présenté le système de charge mobile Megawatt de la société Dimaag, une première dans le secteur pour charger une pelle Komatsu PC210e. Ce système effectue la charge au point d’utilisation, réduisant ainsi les temps d’arrêt liés aux déplacements vers les bornes de recharge. D’un poids de 5 t, le Megawatt est un véhicule tout-terrain, à quatre roues avec vecteur électronique de couple. Son moteur de 208 kW délivre 2 180 Nm de couple continu par roue. Il est à utiliser avec une télécommande. Il est doté d’un convertisseur DC-DC et d’un système de stockage d’énergie de longue durée et à taux de décharge élevé (capacités de charge de 1 à 6 MW). Les deux composants utilisent un dispositif de gestion thermique optimisant le cycle de vie et la sécurité lors de la fourniture de puissance.
Jean-Pierre Le Port

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