Carrières et matériaux : quelle empreinte socio-économique à l’échelle nationale ?

Chiffre d’affaires, emplois soutenus, répartition sur le territoire : quelles sont les retombées de l’industrie des carrières et des matériaux sur l’économie française ?
Pour répondre à cette question, l’Unicem, en partenariat avec le GIE Réseau des CERC (Cellules économiques régionales de la construction), vient de publier une étude, fruit d’un travail mené dans toutes les régions à partir de données de l’année 2019.

La notion d’empreinte socio-économique repose sur le principe que les retombées économiques de l’industrie des carrières et matériaux ne se limitent pas à son seul champ d’activité. Les impacts sont plus larges, générés par l’ensemble des flux monétaires injectés dans l’économie. Ces flux peuvent être évalués à partir des valeurs comptables disponibles dans les comptes de résultat ou la comptabilité analytique des entreprises. Les trois principaux postes de charges indispensables à connaître pour cela sont les salaires versés aux salariés, les achats de biens et services et la sous-traitance, et la fiscalité (hors impôt sur les sociétés).

L’empreinte socio-économique peut ensuite être traduite en nombre d’emplois et en termes de valeur ajoutée. Afin de quantifier de manière rigoureuse les retombées concrètes de la filière sur le tissu économique et social, cette étude de l’Unicem repose sur l’analyse des effets directs, indirects et induits générés par l’activité du secteur grâce à la mesure de :

  • la valeur ajoutée produite et les emplois salariés (effets directs) ;
  • achats de biens et services auprès de sous-traitants et fournisseurs (effets indirects) ;
  • dépenses de consommation des salariés qui irriguent d’autres branches économiques (effets induits).
8,8 milliards de chiffre d’affaires

En 2019, l’industrie des carrières et matériaux atteignait 8,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires au niveau national. Le béton prêt à l’emploi représente 50 % de ce total, les granulats 44 % et la pierre de construction et d’ornementation 6 %.

A l’échelle régionale, le CA dépasse le milliard d’euros en Auvergne-Rhône-Alpes, en Ile-de-France et en Occitanie.
La répartition par secteur s’avère variable en fonction des régions. Si la part de la pierre de construction est minoritaire dans toutes les régions, elle demeure un peu plus importante en Occitanie et en Bretagne. En Ile-de-France, le BPE pèse pour 3/4 du chiffre d’affaires et pour plus de 50 % en Auvergne-Rhône-Alpes et en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

L’ensemble de la filière des matériaux contribue pour 243 millions d’euros à la fiscalité française (il faut ajouter à ce montant l’impôt sur les sociétés).

117 000 emplois soutenus

Toujours en 2019, l’industrie des carrières et matériaux représentait 29 000 emplois directs, 80 000 indirects et 8 000 induits.

Le nombre d’emplois totaux soutenus est 3 fois supérieur au nombre d’emplois directs, c’est-à-dire que pour chaque emploi direct, 3 emplois supplémentaires sont soutenus dans le reste de l’économie. Cet effet d’entraînement a été remarqué dans l’ensemble des filières.

En France, 46 % des emplois soutenus dans l’industrie des matériaux le sont par le secteur du BPE, 46 % par les granulats et les 8 % restants par la pierre de construction et d’ornementation. En termes de ratio, un emploi direct dans le BPE génère 4,8 emplois soutenus, dans les granulats, un emploi direct entraîne 3,1 emplois soutenus. Ce ratio se limite à 1,1 pour la pierre de construction, bien que le nombre d’emplois directs soit comparable avec les autres branches.

Sites extractifs : un emploi essentiellement rural

En 2019, le chiffre d’affaires granulats s’élevait à 3,9 milliards d’euros pour une production atteignant 359 millions de tonnes. Le tissu économique national comprend 1 522 entreprises et 2 764 sites de production.

L’industrie des granulats contribue en France pour plus de 55 000 empois : 13 500 emplois directs, 38 000 indirects et 3 800 emplois induits.
Les emplois sont essentiellement situés dans les zones rurales (voir carte ci-dessous) : 65 % des effectifs salariés travaillent dans des bourgs ruraux ou des secteurs ruraux à l’habitat dispersé. Par opposition, seuls 8 % des emplois sont localisés dans les grands centres urbains et 9 % dans les centres urbains intermédiaires.

Dans le secteur des pierres ornementales et roches de construction, 664 entreprises ont généré un chiffre d’affaires de 550 M€ en 2019. La répartition des sites de production est très hétérogène sur le territoire. De nombreux départements ne comptent que quelques sites d’extraction et de transformation de pierres de construction, voire aucun ; d’autres départements en affichent plusieurs dizaines, jusqu’à 107 dans le Tarn.
Plus de 14 000 emplois sont soutenus par les activités d’extraction et de transformation de pierres de construction dont 6 700 emplois directs, environ 5 800 emplois indirects et plus de 1 700 emplois induits (les activités funéraires, de marbrerie ou de négoce ne sont pas prises en compte ici). Ces emplois sont pour 60 % d’entre eux localisés dans des zones rurales à habitat très dispersé (5 %), dispersé (28 %) ou dans les bourgs ruraux (27 %).

Le BPE davantage représenté dans les centres urbains

En 2019, la production de BPE atteignait 40,4 millions de mètres cubes. En France, l’industrie du béton prêt à l’emploi constitue un tissu économique de 492 entreprises et 1 928 sites de production. Bien que leur répartition se révèle inégale sur le territoire,
chaque département compte plusieurs sites de production de BPE sur son sol. En termes de chiffres d’affaires, les plus élevés se retrouvent le long des côtes méditerranéennes et atlantiques ainsi qu’en Rhône-Alpes et en Ile-de-France.

L’industrie du BPE fournit en France 8 740 emplois directs et entraîne 38 960 emplois indirects ainsi que 2 700 emplois induits. Le nombre d’emplois soutenus est ainsi de 4,8 pour un emploi direct, soulignant l’importance de ce secteur dans le tissu économique.

De par ses contraintes techniques, la production de BPE doit se trouver à proximité des lieux de consommation. Dans cette optique, la répartition des emplois est plus urbaine que pour les autres branches. Ainsi, 44 % des emplois se situent dans les grands centres urbains ou les centres urbains intermédiaires et environ 31 % des emplois sont en zones rurales.

Sonia Puiatti

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