Après l’accident, comment gérer au mieux la situation et les êtres humains ?

Faire face à l’’après-événement grave en carrière est délicat, que cela soit sur le plan individuel, collectif ou institutionnel. Les victimes directes ne sont pas les seules personnes à souffrir de traumatismes. Les réactions psychiques évoluent d’’ailleurs souvent dans le temps. Face à ces situations de crise, l’’entreprise est censée adopter la bonne posture managériale et apporter, voire solliciter, aides et soutiens adéquats. Quelques bonnes pratiques s’’imposent.

Accidents plus ou moins graves, suicides sur le lieu de travail, les nerfs et la résilience psychologique d’’un nombre infini d’’individus peuvent vite être mis à rude épreuve à tous les étages d’’une entreprise et en dehors de ses murs. « La filière extractive est une activité accidentogène. Et malheureusement, il ne se passe pas une année sans accidents graves », admet en préambule Bruno Huvelin, président de la commission Santé-sécurité de l’’Unicem. Des évènements toujours compliqués à vivre qui donnent lieu à des questionnements. « Quand on est un manager ou un dirigeant, on se remet forcément en cause et on ne peut pas ne pas prendre une part de responsabilité, même quand on est loin du terrain », ajoute-t-il.

Le degré de gravité des accidents varie et ils ne sont, fort heureusement, pas toujours mortels. Dans tous les cas, les process aident et structurent l’’action. « Nos chefs de carrière sont préparés et savent quelles dispositions prendre immédiatement : isoler la personne, prévenir les secours, les autorités du site », indique Bruno Huvelin. S’’appuyer sur une checklist permet de savoir qui appeler, quoi faire vite et quoi fournir à qui. Le volet administratif (Dreal, pompiers, police, etc.) qui s’’ensuit nécessite une grande rigueur sur le terrain. « Il faut être très factuel et garder la tête froide, même si on pense au collègue blessé », note-t-il. Quant aux retours d’’expérience en commission, ils se font plus tard, à froid, en laissant de côté les rivalités commerciales pour se concentrer sur la protection de la santé des collaborateurs.

La gestion et l’’accompagnement des équipes, qui sont souvent petites et soudées, est une autre étape qui doit être assurée localement. Les proches collaborateurs de la ou des victimes de l’’accident mais aussi ceux qui n’’étaient pas sur le site au moment des faits mais y travaillent tous les jours doivent bénéficier d’’une écoute et d’’un suivi adapté. Les conjoint(e)s sont également inclus, quand cela s’avère nécessaire. « Cela peut aller dans certains cas jusqu’’à la mise en place de cellules d’’écoute psychologique, voire de dispositifs de crise quand le degré de gravité est très élevé », souligne le président de la commission Santé-sécurité de l’’Unicem.

Un tiers de confiance pour une intervention rapide

Permettre l’’accès à un tiers de confiance capable d’’apporter un soutien et une écoute aux personnes présentant une souffrance physique et psychique, parfois uniquement psychique, est essentiel. Certaines conditions doivent néanmoins être réunies pour cela. « Les structures auxquelles fait appel une entreprise dans ce cas doivent être indépendantes de cette dernière et il faut aller vite, avant que 24 heures ne se soient écoulées. Cette écoute doit être assurée 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Enfin, je ne peux intervenir qu’’à la condition que l’’encadrement fasse appel à mes services », rappelle Frédéric Pierson. Ce psychologue clinicien qui a son propre cabinet de conseil sensibilise les professionnels – et les exploitants de carrières notamment –aux bonnes pratiques à déployer en matière de soutien psychologique après un accident. Une action rapide permet de commencer à mettre des mots sur ce que les personnes ont vécu, commencent à ressentir et à verbaliser, suivant le degré d’’intériorisation des uns et des autres. Le psychologue peut ensuite proposer un dispositif d’’intervention. Il peut s’’agir d’’un suivi individuel par téléphone ou d’’une intervention sur site auprès d’’un groupe de personnes.

Entourer et épauler le manager

Les premières heures après un accident sont clé. « Quand je mène des actions de sensibilisation en entreprise, je tente de leur faire comprendre ce qu’’est un événement potentiellement traumatique et ce que cela implique, souligne F. Pierson. Il faut identifier l’’ensemble des personnes impactées, savoir informer la famille de la personne accidentée voire décédée, déterminer l’’aide à apporter, notamment ». « Après survenance d’’un accident, il faut aider les managers à penser à un moment où eux-mêmes peuvent être impactés », poursuit-il.
Apporter du soutien constitue une initiative capitale car elle montre aux salariés que l’’encadrement reconnaît qu’’un événement a eu lieu. « Plus vous mettez en place un réseau d’’acteurs sécurisants, plus vous reconnaissez qu’’un événement a eu lieu. Cela évite ainsi au manager de porter tout sur ses épaules », conclut-il.

Prévention et mesures de remédiation

A l’’issue d’’un accident, l’’analyse des faits est primordiale. Une mission dont Prevencem, organisme extérieur de prévention dans le secteur des industries extractives, est régulièrement chargé. « L’’objectif est d’’identifier collectivement la pluri-causalité de l’’évènement », explique Jean-Philippe Cacaud, directeur de la structure. A l’’issue de cette analyse, Prevencem est en mesure de réaliser tout type d’’audit relatif à la situation exposée : audit technique des équipements, évaluation des procédures d’’organisation des secours, entre autres. Mais sa mission peut aussi inclure un accompagnement dans la mise à jour du document unique d’’évaluation des risques, appelé aussi DUER. « Cet outil incontournable doit permettre à l’’exploitant de joindre l’’utile au réglementaire », indique Jean-Philippe Cacaud.
Pour les préventeurs, l’’existence de bases de données constitue des ressources précieuses. Créée en 1988, Epicea regroupe ainsi plus de 21 000 cas d’’accidents du travail mortels, graves ou significatifs pour la prévention survenus depuis 1990 à des salariés du régime général de la Sécurité sociale. Les accidents de trajet y sont enregistrés depuis 2024. Elle résulte d’’une collaboration de l’’Assurance maladie – Risques professionnels avec les Caisses régionales d’’assurance retraite et de santé au travail (Carsat), la Cramif et l’’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). « On peut y faire des recherches sur la sinistralité par domaine, typologie de machine ou encore par secteur d’’activité », explique Catherine Jarosz, expert assistance conseil en matériels BTP & engins de chantier au sein du département Expertise, et conseil technique de l’’INRS.

Emmanuelle Serrano

Image : SDIS 73 ©Brice Lapointe