Ecominéro : vers une gestion plus circulaire des matériaux de construction

A l’occasion de sa conférence de presse annuelle, l’éco-organisme Ecominéro a fait le point sur son premier exercice de 12 mois pleins et a présenté ses ambitions et objectifs pour l’année 2025.

En 2024, Ecominéro et ses partenaires de collecte ont permis de traiter 9,8 millions de déchets inertes provenant de plus de 25 000 chantiers au bénéfice des artisans et professionnels du bâtiment, et des particuliers. Actuellement, Ecominéro intensifie son action avec l’ambition d’atteindre 10,7 millions de tonnes de déchets inertes collectés et recyclés d’ici à fin 2025. « Le gisement annuel de déchets inertes issus des chantiers de construction neuve, de réhabilitation ou encore de démolition relevant du périmètre de la REP PMCB est estimé à 15 millions de tonnes, un chiffre affiné grâce aux données transmises par les cellules économiques régionales de la construction », indique Mathieu Hiblot, directeur délégué d’Ecominéro. Auparavant, il était question de 33 millions de tonnes mais ces données trop anciennes (2014) ont été entre-temps actualisées.

Objectifs et chiffres pour 2025-2028

Le cahier des charges qui encadre l’action de l’éco-organisme a fixé à 90 % d’ici 2028 le taux de valorisation matière (y compris le remblayage). En 2024, il était de 77 %. En 2027, il devrait atteindre les 88 %. Le taux de recyclage en général en 2028 est censé atteindre 45 % contre 35 % en 2024 et 43 % en 2027. Concernant les bétons, la cible a été fixée à 60 % d’ici 2028.

A titre de mémoire, Ecominéro est l’éco-organisme créé par et pour la filière minérale dans le cadre de la REP PMCB. Il regroupe 5 syndicats professionnels et 54 entreprises de toutes tailles des industries du béton, prêt à l’emploi ou préfabriqué, du granulat, du ciment, de la pierre de construction, des tuiles et briques, et des enrobés. « Ecominéro est une société à mission dotée d’objectifs sociaux et environnementaux, lesquels sont suivis par un comité de mission », rappelle François Demeure dit Latte, son directeur général.
Grande nouveauté en 2025 : les prestataires de collecte de valorisation des déchets, qui sont payés par Ecominéro, réceptionneront à titre gracieux les déchets triés correctement. Jusqu’ici, 20 % du coût restait à la charge des détenteurs de déchet en 2024 en cas de dépôt sur les plateformes de recyclage. Mais attention ! « Les bennes non triées ne sont pas reprises gratuitement sur les points de collecte partenaires d’Ecominéro », met en garde François Demeure dit Latte. La structure a contractualisé avec à peu près la moitié des déchetteries publiques en France, qui voient passer un volume estimatif de 660 000 tonnes de déchets, en plus des plateformes de recyclage de déchets inertes. « En moins de deux ans, la REP et le soutien financier des producteurs, via les écocontributions, ont permis de renforcer considérablement les filières de recyclage, favorisant une gestion locale et circulaire des déchets inertes du secteur du bâtiment. Grâce à cette dynamique, en janvier 2025, le volume de déchets inertes triés collectés et recyclés a doublé par rapport à janvier 2024. Nous entendons poursuivre cet élan afin d’accélérer encore le développement de l’économie circulaire », conclut le directeur général d’Ecominéro.

La feuille de route continue d’être déroulée

Les contrats initiaux signés par Ecominéro avec les sites faisant partie de son réseau allaient jusqu’en 2024. L’année en cours sera donc une année de recontractualisation, avec la volonté de mettre en place la reprise gratuite pour les déchets qui y sont déposés. Pour pousser les feux du recyclage, l’entité doit étendre son maillage territorial et lutter contre les zones blanches. Le but est de garantir à plus de 95 % de la population une solution de proximité avec un point de reprise accessible en 15 minutes de trajet pour les artisans et les particuliers, et en 45 minutes pour les plus grands chantiers. Pour ce faire, Ecominéro vise un réseau de 5 500 points de collecte répartis sur l’ensemble du territoire, y compris en Outre-mer. Le déploiement de la REP PMCB est progressif et se fait sur l’ensemble du territoire y compris dans les DROM-COM, pour lesquels l’éco-organisme met en œuvre des plans d’actions spécifiques.

Agir sur l’amont aussi : une nécessité

Le deuxième objectif est de favoriser l’écoconception des matériaux afin de décarboner les bâtiments. Une initiative qui passe par un accompagnement des producteurs adhérents à Ecominéro dans leur plan de prévention et d’éco-conception de tous les producteurs de matériaux. En concertation avec les fédérations professionnelles (FFTB, FIB, Routes de France, SNBPE, SNROC, UNPG), l’éco-organisme, qui mène actuellement une étude sur les pratiques de ses entreprises adhérentes, proposera à ces dernières des plans communs d’éco-conception sectoriels pour les familles de produits intéressés, avec l’objectif qu’au moins 90 % des adhérents disposent d’un plan dans ce domaine d’ici à fin 2025.
Par ailleurs, pour maximiser les chances de réemploi, des appels à projets ont été lancés sur différentes thématiques (diagnostic des ressources, étude de faisabilité pour de nouvelles activités de réemploi, etc.) afin d’accompagner une centaine de chantiers et porteurs de projets.
Enfin, en 2025, la structure propose un soutien financier de 5 euros par tonne aux matériauthèques, ressourceries et ateliers de reconditionnement (produits en béton, pierres de construction, ardoises, tuiles, briques et équipements en céramique).

Emmanuelle Serrano

Image : François Demeure dit Latte, directeur général d’Ecominéro, au centre. A sa droite, Michel André, président, accompagné de Mathieu Hiblot, directeur délégué d’Ecominéro.
©Ecominéro