Evolis : « Notre industrie est super résiliente »

Malgré une baisse de l’activité en 2024 pour les fournisseurs des industries du BTP, l’organisation professionnelle Evolis, qui représente plusieurs filières des biens d’équipement, machines et solutions industrielles, est optimiste pour l’année à venir. A condition de lever certains freins, entre incertitude politique, concurrence internationale et risque règlementaire.

On commence à connaître le refrain. En 2024, Evolis a relevé une baisse générale de l’activité de ses adhérents, en volumes, en France comme à l’export. A noter que ces industriels exportent en moyenne à 60 %, surtout vers l’Europe et l’Allemagne en tête. La part à l’export vers l’Europe a même augmenté l’année dernière, et les Etats-Unis représentent désormais la deuxième destination des produits fournis par les adhérents d’Evolis, suivis de la Chine. Interrogés en conférence de presse sur la politique de protectionnisme américaine, les représentants de l’organisation professionnelle se sont montrés prudents. « Nous attendons de voir. Beaucoup de nos industriels sont déjà structurés aux Etats-Unis, ou avaient intégré cette évolution », a admis Olivier Dario, délégué général d’Evolis.

Les 4 grands secteurs représentés n’ont pas évolué de la même façon l’année passée. Les fournisseurs du BTP, dont la croissance a plongé de 8 % en 2024, ne devraient pas connaître d’amélioration pour le moment. C’est dans le terrassement que la chute des ventes d’équipements a été la plus forte (-25 %), en lien avec la crise que traverse le bâtiment. L’autre baisse de croissance en 2024 a concerné les machines et solutions pour la production industrielle* (-2 %), avec en tête la robotique et le soudage confrontés à une concurrence intense des produits asiatiques, notamment pour la fabrication de robots.

*process industriels, robotique, soudage, matériels de vision et contrôle

Restons optimistes  

En 2025, Evolis n’attend pas de nouvelle dynamique de croissance. « Même si les carnets de commande se sont dégonflés, d’après les industriels interrogés cet automne, le niveau d’activité était déjà haut, ce qui nous permet de relativiser cette situation, note Rudolph Ganzel, directeur du pôle économique d’Evolis. Toutefois, la sensibilité au contexte politique est importante, elle occasionne beaucoup d’attentisme depuis l’été dernier ».
La défense, la chimie et le nucléaire sont des secteurs plutôt bien orientés, qui pourraient connaître une reprise cette année. De façon générale, les représentants d’Evolis essayant de se montrer optimistes, l’allongement de la durée de vie des matériels devrait soutenir le chiffre d’affaires des industriels grâce à la demande en pièces de rechange, composants, consommables et en SAV.

Les industriels européens misent également sur l’export. Parmi les leviers de croissance identifiés par Evolis dans son dernier baromètre, certains ont indiqués vouloir « être le plus présent possible à l’international, là où se trouvent les économies les plus favorables à notre activité ». A l’image de MS, spécialiste français du traitement des eaux et boues, qui réalise 60 % de son chiffre d’affaires à l’export, dans les travaux souterrains pour la valorisation des déblais.

D’autre part, la baisse des taux d’intérêt attendue pour la deuxième partie de l’année devrait favoriser l’investissement productif des entreprises françaises, même s’il est annoncé en baisse plus prononcée en 2025 par rapport à l’année passée, tout comme la consommation domestique, freinée par une forte tendance à l’épargne des ménages français. « Nous remontons comme point d’alerte des taux d’utilisation des capacités de production des industries françaises en dessous de leur moyenne de long terme, comme en témoigne la légère détérioration des jugements sur les carnets de commandes des industriels dans le champ Evolis », prévient Rudolph Ganzel.

Plus de soutien  

Pour les représentants d’Evolis, la pénétration des économies asiatiques sur le marché français maintient des coûts de production inférieurs et pèse sur la compétitivité des entreprises nationales et européennes. Au point de mettre à mal certains secteurs comme celui de la robotique, dans lequel la concurrence chinoise s’est intensifiée avec des différences de prix allant jusqu’à 70 % et qui ont « mis le marché à genou », pour Fabien Vincentz, président d’Evolis et dirigeant de Marposs, fournisseur de rang mondial de solutions de mesure, inspection et tests.

A plus long terme, le risque identifié est celui de la règlementation européenne, avec le futur mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (“taxe carbone”) qui pourrait « surenchérir les coûts des produits français par rapport à la concurrence internationale et dégrader leur compétitivité face aux produits notamment chinois, qu’ils soient subventionnés ou pas », a souligné Jean-Claude Fayat, désormais vice-président d’Evolis. « En réaction, nous demandons un moratoire réglementaire, ainsi qu’une prise de conscience et une forme de préférence de la part de l’Europe, avec le fléchage de la commande publique vers les entreprises nationales dans les investissements technologiques », poursuit Fabien Vincentz.

Les représentants de l’organisation professionnelle souhaitent aussi le retour d’une politique de soutien à l’investissement productif, « sur le temps long pour pouvoir investir sereinement. Le suramortissement a déjà aidé par le passé. L’Italie, par exemple, malgré ses récents bouleversements a poursuivi cette politique de soutien ». Les Etats-Unis, encore eux, ont vu les investissements dans leur industrie exploser avec un record atteint en 2024 (36 % des montants captés contre 20 % en 2023 d’après une étude Trendeo/McKinsey). Ils sont même devenus la première destination pour les investissements directs à l’étranger, résultat du plan d’investissement mis en place par l’administration Biden dès 2022.

Sonia Puiatti

Image : Point presse organisé par Evolis le 30 janvier dernier.
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