Projet de mine de lithium : Imerys joue le bon élève

Le 12 décembre, deux mois et demi après la parution du compte rendu et des recommandations de l’équipe ayant mené le débat public sur le projet Emili – exploitation du mica lithinifère –, Imerys a publié ses propositions, tout en affirmant vouloir poursuivre son projet. L’industriel répond en partie aux principales recommandations qui lui ont été faites. En voici quelques-unes.

Imerys veut bien faire et joue le bon élève. Dans un communiqué paru le 12 décembre, l’industriel se déclare motivé par son projet de mine de lithium dans l’Allier et « conforte sa volonté de le poursuivre », explique-t-il, malgré les oppositions et les recommandations non contraignantes de la Commission nationale du débat public (CNDP). Cette dernière avait notamment relayé une « exigence forte des citoyens » et un « contrôle intransigeant de l’Etat » sur ce projet.
L’industriel y répond en publiant sur un nouveau site Internet les engagements qu’il compte poursuivre (https://emili.imerys.com/).

Revoir le lieu du chargement

Le projet s’articule en trois étapes. D’abord le site d’extraction et de concentration du lithium : il se situe à Echassière sur le site de Beauvoir, dans une exploitation souterraine où Imerys exploite du kaolin depuis 2005.
Vient ensuite le site de stockage. Il est prévu de l’implanter à Saint-Bonnet-de-Rochefort, à une quinzaine de kilomètres de l’exploitation.
Puis l’usine de conversion où aura lieu le raffinage du minerai. Elle devrait être construite dans l’agglomération de Montluçon, 49 km plus loin.
Parmi les engagements pris par Imerys figure « l’étude d’une localisation alternative de l’atelier de chargement afin de favoriser la bonne intégration de cet atelier dans le territoire ». C’est ce qu’avait demandé la CNDP en voulant la poursuite des études sur une nouvelle option d’implantation de la plateforme ferroviaire et la publication d’une analyse comparée des scénarios.
Pourquoi ? La localisation de la plateforme à Saint-Bonnet-de-Rochefort avait rencontré une vive opposition en raison des impacts sur le cadre de vie, mais aussi au regard de l’identité que cherche à développer la commune. Cette dernière souhaite obtenir le label station verte pour devenir un territoire d’accueil reconnu au niveau national, proposant des séjours en faveur d’un tourisme authentique, humain et respectueux de l’environnement. Donc loin de toute industrie ou activité pouvant y faire penser.
Le débat a aussi conduit à explorer des alternatives comme le transport par canalisation jusqu’à Montluçon, et à questionner le processus de sélection du site. Imerys s’est engagé à étudier la proposition de riverains concernant le déplacement de ce site vers le sud, dans la commune de Vicq, et à améliorer l’insertion de la plateforme.

Être plus novateur

Imerys informe également de « la réduction significative de l’utilisation de produits chimiques sur le site de Beauvoir avec l’abandon de la production de feldspath ». C’est un point d’attention qui a été soulevé durant les débats. Certains procédés industriels novateurs, comme le zéro rejet liquide, constituent un défi à relever, avaient noté les rapporteurs du débat public. Selon eux, « la mise en œuvre de la phase pilote devra faire la démonstration de la maîtrise des procédés et des risques face à des publics en attente de garanties ».

Mieux préserver les milieux naturels

L’industriel souhaite aussi poursuivre « les études d’impact approfondies sur l’environnement dans la perspective d’une information transparente à l’égard du public en matière de gestion des ressources ». Cet engagement d’Imerys répond à une interrogation apparue lors des débats : « Les milieux naturels et faunistiques autour de la mine, dont certains sont déjà en souffrance (forêt des Colettes, zones humides, cités dans les débats, NDLR), ne vont-ils pas dépérir si le projet entraîne une baisse du niveau des nappes souterraines ? »
Les études hydrogéologiques devront apporter des éléments de réponse, mais les aléas restent nombreux. Pour une partie du public, le projet, même s’il contribue à la transition énergétique, ne peut se faire au détriment de la préservation des milieux naturels.
Une autre crainte porte sur les risques industriels et sanitaires. Elle interroge sur le classement qui présentera les garanties suffisantes permettant de sécuriser l’environnement et les personnes. Il convient également de connaître les garanties de protection sanitaire que les pouvoirs publics pourront apporter. A ce jour, l’Etat rejette l’idée d’une étude épidémiologique, considérant que la procédure d’évaluation des risques pour la santé réalisée dans le cadre des études réglementaires, constitue une réponse suffisante.

Mieux impliquer les parties prenantes

Dans ses engagements, Imerys devrait mettre en place des instances d’information et de participation du public, sous forme de comités de suivi de site. « Ils permettront de présenter aux parties prenantes les conclusions des différentes études et les évolutions éventuelles du projet », informe l’industriel. Cette proposition répond à un besoin d’implication des parties prenantes dans la gouvernance du projet, soulignait la synthèse du compte rendu du débat public. Il était notamment demandé de veiller au caractère complet et accessible des informations transmises au public et d’associer les acteurs locaux à la réalisation de ces études.

Des questions qui restent en suspens

Parmi les thématiques abordées dans le débat figurent la profondeur et la durée d’extraction à Echassière. L’extraction étant envisagée à 400 m, cette donnée est importante pour la caractérisation des impacts du projet et la durée d’exploitation envisagée (au moins 25 ans). Or, il est apparu au fil du débat que la profondeur pourrait être réévaluée suite aux études à venir. Mais rien n’a encore été clarifié sur les critères et les modalités décisionnels et d’autorisation qui permettraient de fixer la profondeur. « Ce sujet constitue sans doute un enjeu de la concertation continue », note la CNDP. L’acheminement par train des produits de l’extraction constitue pour Imerys une condition primordiale à la réalisation du projet, afin de réduire son bilan carbone. Au-delà du seul usage de fret, c’est l’opportunité d’améliorer la desserte locale qui rassemble les acteurs du territoire. Malgré les propos rassurants de l’Etat et de SNCF Réseau, le débat a fait apparaître des doutes répétés sur le financement des travaux et sur leur calendrier. On s’interroge sur la ligne ferroviaire Gannat-Montluçon : « Sera-t-elle prête à temps ? Doit-on craindre un plan B, en transport par camion, considéré comme inacceptable ? », rapporte la CNDP. Imerys a été questionné sur ses consommations énergétiques et ses émissions de GES : comment les réduire ? Quelle optimisation du bilan carbone (ciment, transports) ?
Plusieurs suggestions ont été formulées dont certaines seraient à étudier. D’autres constituent des pistes d’évolution à plus long terme. Il est question d’utiliser du métakaolin, du biochar ou encore du biogaz.
Dans l’immédiat, Imerys poursuit ses études dans l’attente « d’une décision d’investissement attendue en 2027 », précise le groupe. Ce dernier cherche à approfondir les connaissances en matière d’impact environnemental et à « prendre les mesures nécessaires à leur maîtrise et leur réduction ».

Jean-Pierre Le Port

Image : Site Imerys de Beauvoir. Le débat public a fait apparaître des inquiétudes, notamment sur la circulation des eaux souterraines dans le secteur d’Echassières.
©m&c/JPLP