Tombereaux articulés : remplacer un 6×6 par un 4×4 ?

C’est la polyvalence que les exploitants cherchent quand ils s’équipent d’un tombereau articulé 4×4. En carrière, il est bien souvent utilisé au déstockage des matériaux, mais on le trouve aussi au marinage. Bien qu’un peu plus onéreux qu’un 6×6, il possède un essieu en moins, ce qui évite d’abîmer les pistes. Rencontre avec des utilisateurs qui ont fait le choix entre deux constructeurs.

SCB Granulats vient de mettre en service son troisième tombereau articulé 4×4. Il s’agit d’un Bell B45E, qui vient en complément d’un autre du même modèle. Il y a trois ans, l’exploitant avait déjà acquis un B30E 4×4 pour sa carrière de Saint-Guinoux, en Ille-et-Vilaine, qui produisait 200 000 t de granulats par an, à présent à l’arrêt. Le tombereau était chargé d’alimenter l’installation et il recevait les matériaux par une chargeuse Liebherr L 576. En service, il devrait emprunter des pistes sinueuses avec des pentes importantes. Il sert désormais de mulet dans d’autres carrières SCB.
L’exploitant possède deux autres articulés de la marque, des 6×6, affectés au déstockage.

Equipé d’une benne de rigide

Le premier B45E 4×4, muni d’une porte arrière, est en activité depuis un an à la carrière de Corseul, dans les Côtes-d’Armor, au nord-ouest de Dinan. Les 400 000 t extraits annuellement sont transportés à l’installation primaire par un tombereau rigide Komatsu HD605.
A l’autre extrémité de la chaîne de production, le tombereau articulé 4×4 s’est substitué à un tombereau rigide Komatsu HD405 qu’il fallait remplacer. Sa tâche principale est le déstockage des trémies. « Il a plus de traction qu’un rigide, mais provoque moins de ripage qu’un tombereau articulé à six roues, explique Nicolas Barbier, directeur d’exploitation de cinq des six carrières du groupe. Quand le terrain est gras, il dégrade moins le sol de la plateforme de stockage. Et ce qui est intéressant, c’est qu’il peut monter légèrement sur les tas pour mieux mettre les matériaux en stock. »
« Nous avons opté pour ce type de tombereau à cause de sa polyvalence, annonce le responsable. Le déstockage prend environ 80 % du temps de cet engin. Il participe aussi au marinage si besoin. »
Autre avantage du 4×4 par rapport au 6×6 : il possède une benne de tombereau rigide et déverse plus loin dans la trémie, explique le responsable. Le tombereau peut aussi être utilisé pour intervenir dans des opérations de découverte inaccessibles à un rigide. Ou encore au nettoyage des bassins car la porte arrière de la benne facilite l’évacuation des boues.

Présent au marinage

Moins consommateur en GNR qu’un tombereau rigide, l’articulé en version 4×4 donne satisfaction à l’exploitant qui décide de s’équiper d’un second B45E 4×4. Ce dernier remplace également un rigide Komatsu – HD 405 – à la carrière SCB d’Iffendic (35). Dans cette exploitation, qui produit 400 000 t/an de granulats, l’engin est destiné aux opérations de déstockage. Il intervient aussi au marinage en complément d’un rigide, un Caterpillar 775. Dans cette application, il est chargé par une Cat 988. « Nous l’utilisons quand la distance du gisement par rapport au concasseur primaire s’accroît, mais aussi ponctuellement en cas de surcroît de demande, comme c’est le cas à Courseul », précise Nicolas Barbier.
La solution 4×4 pourrait-elle être utilisée dans d’autres exploitations du groupe ? « Peut-être, répond le responsable, mais il nous faut un peu de recul. »

Un essieu en moins et une mutation en plus pour le groupe Hervé

L’exploitant est un habitué des articulés 6×6 qu’il utilise au déstockage des produits finis. Il est passé au 4×4 de Bell dans une de ses exploitations et l’utilise également en sous-traitance dans une carrière du groupe Omya, où les pistes ont des pentes importantes et des virages sévères. Ce nouveau camion se partage désormais entre le déstockage et le marinage. « Historiquement, nous employons des tombereaux rigides pour la reprise et le transport du brut d’abattage avec des Caterpillar 770 et 772, explique Frédéric Grasset, responsable des carrières du groupe Hervé. Et cela dans des sites qui ont des emprises conséquentes et des rampes confortables. Mais pour le déstockage des produits finis, où les espaces sont restreints, nous avions coutume d’utiliser des articulés 6×6. » Chacun des sites du groupe était doté d’un articulé, 20 t ou 30 t selon les cas, provenant de chez Volvo CE ou de chez Bell.

Eviter de dégrader les pistes

A la carrière de Saint-Aubin-des-Châteaux, en Loire-Atlantique (350 000 t/an), le Bell B30 6×6 était maniable pour passer sous les trémies et agile pour évoluer sur un parcours présentant de nombreuses épingles avec quelques rampes. Mais il devait être remplacé. Il y a 3 ans, Bell a proposé un B30 4×4. « Cet engin présentait une maniabilité identique et une motricité semblable. Par rapport à un 6×6, il avait l’avantage d’avoir un seul essieu à l’arrière, ce qui évitait de détériorer les pistes comme pouvaient le faire les tombereaux à trois essieux. Un moyen pour réduire l’usure des pneumatiques. » Le carrier essaye alors un engin laissé en démonstration par Cobemat. « Le bénéfice en termes de dégradation des pistes a été constaté tout de suite », se rappelle Frédéric Grasset. L’exploitant se décide à l’acquérir, malgré un prix un peu supérieur à celui du 6×6. Trois ans après, le gain en termes de consommation de pneumatiques est mesurable, tout comme « une légère baisse de consommation de carburant, mais c’est un engin d’une génération postérieure à celle du précédent », tempère le responsable des carrières.

Nouvelle destination, nouveaux usages

En dehors de ses carrières, l’exploitant intervient en sous-traitance à la carrière d’Erbray (Loire-Atlantique), exploitée par la Meac, une filiale du groupe Omya. Hervé y assure le transport du matériau abattu, le concasse et le charge dans des trémies de l’installation qui alimentent l’usine de fabrication de carbonate de calcium. « A l’exception de l’abattage, nous mettons en œuvre nos propres matériels, dont deux tombereaux rigides Caterpillar 772, et un concasseur mobile Kleemann. »
Jusqu’à la mi-2024, le parc utilisé comptait un articulé A30 ou un B30. Il est question d’un nouveau tonnage à produire, supérieur au précédent. « Nous fonctionnons par campagne, commente Frédéric Grasset. Il nous faut un matériel efficace et de tonnage suffisant. » Car le site présente, côté marinage comme côté déstockage, des rampes supérieures à 15 % et des virages en épingle à cheveux.

De la démonstration à l’adoption

Il y a deux ans, Cobemat présente le nouveau B45E 4×4 aux équipes d’Hervé de la carrière de Saint-Aubin-les-Châteaux. « La démonstration nous a permis de vérifier l’efficacité d’un tombereau articulé de cette taille. » Le carrier signe alors pour l’engin qui lui est livré en septembre2024. Le tombereau est utilisé à 60 % au déstockage et à 40 % pour le marinage. « Sa consommation se révèle légèrement inférieure à celle des tombereaux rigides que nous utilisions, mais – encore une fois – il s’agit d’une nouvelle génération », admet Frédéric Grasset. Et, aspect non négligeable, le personnel qui l’utilise le trouve maniable et très confortable. Comme le B30, il est doté d’une porte arrière qui évite de perdre des matériaux au roulage sur la piste. Chargé par une pelle de 30 t au marinage et par une chargeuse Caterpillar 980 au déstockage, l’engin travaillera neuf à dix mois par an à Erbray. Mais il pourra aussi être utilisé dans d’autres sites en cas de besoin.

Michel Roche

Image : La version 4×4 peut être utile pour se faufiler là où un tombereau rigide n’a pas accès.
©Bell