Le groupe Roger Martin s’étoffe et le fait savoir. Le 9 janvier, son président a convoqué la presse pour annoncer le rachat de Buesa TP, un autre indépendant implanté dans le Sud-Ouest depuis 1954.
L’entreprise est désormais forte de 2 650 salariés, sur 74 sites en France, et d’une vingtaine de métiers différents, allant de l’installation de panneaux photovoltaïques à la promotion immobilière en passant par le tourisme œnologique. Elle annonce pour ce début d’année un chiffre d’affaires de 540 M€.
C’est un beau cadeau que s’offre l’entreprise Roger Martin pour l’année de ses 130 ans, avec la croissance la plus importante de son histoire. Le groupe familial, fondé à Dijon en 1895 par l’arrière-grand-père du président actuel, a annoncé le 9 janvier l’acquisition d’un autre acteur indépendant de la construction, Buesa TP, dont le siège est à Béziers (750 salariés). La branche TP de Famy, elle-même reprise en 2022 par Buesa, fait partie de l’acquisition. Le montant du rachat, qui n’a pas été dévoilé, a été financé en fonds propres à hauteur de 30 % et par des emprunts bancaires pour le reste.
Ce rachat porte donc à 540 M€ le chiffre d’affaires total du groupe en ce début d’année (85 M€ pour Buesa et 55 M€ pour Famy). « C’est un immense défi pour une entreprise de notre taille », a reconnu Vincent Martin, le président du groupe, en conférence de presse. Mais selon lui, le potentiel de développement est énorme, notamment grâce au dynamisme économique de régions comme la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie, désormais conquises. Buesa TP et Famy TP deviennent des filiales de Roger Martin, qui récupère ainsi de nouvelles implantations à Béziers et Montpellier (34), Roquemaure (30), Toulouse (31), Bordeaux (33), Valserhône (01), Alby-sur-Chéran (74), Bourg-en-Bresse (01), Frébuans (39) et Arnas (69).
Diversification et renforcement de l’outil de production
« Nous étions connus dans le monde du BTP, nous devenons incontournables », a commenté Vincent Martin. Cette acquisition s’inscrit dans une continuité pour le dirigeant, à savoir « la diversification de nos métiers, afin d’offrir un outil industriel complet, et l’extension géographique, avec le maintien d’un maillage dans les territoires ». Avec Buesa TP, Roger Martin ajoute de nouvelles activités à son portefeuille, les travaux maritimes et fluviaux, les travaux en haute-montagne, ainsi que le génie écologique.
Six carrières Famy sont également concernées, de moins de 100 000 t, portant à 19 le nombre total de carrières détenues par le groupe (production annuelle de 1,35 Mt). « Notre gisement est important et sécurisé. Notre capacité autorisée se monte aujourd’hui à 15 Mt et 80 % de nos carrières ont été renouvelées pour 20 ans. Nous recherchons toujours des sites à reprendre, surtout à proximité de nos centres de travaux, afin d’étoffer notre offre », assure Vincent Martin quant à l’avenir de l’activité extractive du groupe.
Rester indépendant
L’objectif est aussi et surtout, pour le dirigeant, de maîtriser l’ensemble de la chaîne des métiers de la construction afin de « ne pas dépendre des autres » et de pouvoir trouver un souffle nouveau en des temps difficiles. L’activité bâtiment de Roger Martin s’est effondrée depuis deux ans et la commande publique (60 % de ses affaires) a ralenti depuis que les communes et les départements ont réduit leurs dépenses. « Ce qui nous sauve, c’est la diversification, car il y a toujours une région ou une activité qui se porte mieux ».
Alors, comment ces filiales vont-elles cohabiter ? Vincent Martin s’est montré confiant sur la capacité du groupe à intégrer une entreprise partenaire depuis plusieurs années, Buesa TP et Roger Martin s’étant partagé, entre autres, plusieurs lots du chantier du canal Seine Nord Europe. « Les discussions sur la transmission du groupe Buesa ont duré un an et demi, et nos valeurs communes vont faciliter cette intégration. L’objectif pour l’année 2025 est d’apprendre à se connaître, puis il y aura des synergies matérielles et humaines qui vont naturellement se mettre en place ». Grâce à ce rachat, les investissements pour tout le groupe devraient dépasser les 20 M€ par an à partir de 2026, notamment pour le renouvellement des équipements en carrière et dans les centrales à béton et d’enrobage. Tout le monde devrait donc y trouver son compte.
Sonia Puiatti
L’outil industriel du groupe Roger Martin
- 19 carrières (1 350 000 t)
- 5 centrales à béton
- 9 centrales d’enrobage + 3 mobiles
- 2 unités mobiles de production de graves traitées
- 2 usines de fabrication de liants
- 1 centrale photovoltaïque
Roger Martin, 4 générations d’entrepreneurs dans les travaux publics
Né en 1866 au sein d’une famille de cultivateurs auvergnats, Eugène Martin s’engage en tant que compagnon et entame un tour de France qui le conduira à poser ses valises à Dijon et à y créer une société de travaux urbains, de pose de bordures et de revêtements en asphaltes.
Son fils Roger intègre l’entreprise en 1926 après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur de l’Ecole des travaux publics. Précurseur dans le domaine de la mécanisation (il serait le premier à avoir fait venir une décapeuse des Etats-Unis), il donnera son nom à l’entreprise.
En 1960, son fils Pierre intègre l’entreprise à l’âge de 26 ans pour en devenir p-dg, impulsant à la fois un développement géographique et une diversification des métiers.
C’est en 2001 que l’arrière-petit-fils du fondateur, Vincent Martin, ingénieur diplômé de l’ESTP, intègre le groupe familial pour en devenir le directeur général en 2004 puis le président en 2012. Il défend une vision de développement de la notoriété du groupe et de l’ambition chez ses collaborateurs.
Le groupe détient aujourd’hui près de 30 filiales, et a presque triplé son chiffre d’affaires en 10 ans, qui atteignait 410 millions d’euros en 2024 (avant acquisition), notamment grâce à des opérations de croissance externe qui lui ont permis de diversifier ses activités ces dernières années, dans les réseaux, le ferroviaire ou encore l’énergie.
Image : Vincent Martin, président du groupe Roger Martin.
©Roger Martin

