Le 15 avril dernier, une machine à attaque ponctuelle (MAP) MT 520 de la marque Sandvik a été mise en service à la carrière Placo de Cormeilles-en-Parisis (95). Fin 2024, elle aura extrait 100 000 t de gypse, l’objectif pour 2025 est fixé à 180 000 t. Pour la filiale de Saint-Gobain, ce nouveau mode d’extraction représente un investissement de 4,5 millions d’euros (machine, dépoussiérage et alimentation électrique) avec à la clé un gain espéré dans la réduction de ses émissions carbone.
La carrière Placo de Cormeilles-en-Parisis, exploitée depuis 200 ans, a inauguré au printemps dernier un nouveau matériel pour l’extraction du gypse : une machine à attaque ponctuelle (MAP) MT 520. C’est un modèle utilisé depuis plusieurs décennies pour l’extraction en souterrain des roches tendres (charbon, potasse) et le percement des tunnels. Fournie par Sandvik, cette machine 100 % électrique remplace quatre pelles thermiques qui évoluaient dans l’extension de la carrière autorisée en 2017 pour 25 ans.
A 60 m de profondeur, on retrouve l’exploitation au cœur de la première masse de gypse, la plus épaisse et la plus pure, d’environ 12 m d’épaisseur. Ce secteur de 80 ha est exploité de façon mécanique depuis 2021 selon la méthode des chambres et piliers : d’abord a lieu le traçage, c’est-à-dire l’ouverture des galeries sur 8 m de haut, puis le levage, lorsque le matériau est prélevé en dessous sur 4 m d’épaisseur. Pour le remblaiement, coordonné à l’activité extractive, les galeries sont remplies jusqu’au toit de terres inertes ou sulfatées provenant des chantiers de BTP de la région.
La MAP en est toujours à la première phase d’extraction, dans les 8 m supérieurs, et le traçage devrait se terminer dans ce secteur fin 2025.
Les matériaux extraits approvisionnent l’usine localisée sur le même site (250 000 t/an), qui couvre 15 % des besoins franciliens en plâtres industriels, plâtres de moulage et carreaux de plâtre, et qui livre quelques clients cimentiers locaux. « Nous avions besoin d’une solution pour gagner en productivité et améliorer les conditions de travail des opérateurs en particulier concernant leur exposition à la poussière, explique Gilles Bouchet, responsable développement carrières chez Placo. L’arrivée de cette MAP dans une carrière de gypse est une première en France et s’inscrit dans la feuille de route du groupe Saint-Gobain pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 sur l’ensemble de ses activités. »
Extraction automatisée
La MT 520 est une machine standard, sur chenilles, parfaitement adaptée aux applications minières en souterrain. Elle est munie d’un bras télescopique et orientable, lui-même équipé d’une tête de coupe composée de deux tambours rotatifs avec des pics, d’une puissance de 300 kW. La MAP permet l’extraction du gypse sur un seul front à la fois, ce qui facilite l’aérage. Fonctionnant selon un cycle automatique (mais supervisé), elle est idéale pour l’exploitation sur de grands linéaires.
Pour se positionner, la MAP est guidée par un laser fixé au plafond, à l’entrée de la galerie à creuser. La machine amorce le cycle de creusement au milieu du front, avant d’effectuer un balayage vers le haut puis vers le bas. Elle peut extraire 500 à 900 t/j.
Meilleur dépoussiérage
La gaine fixe sur le côté droit de la MAP permet une aspiration au front de 40 000 m3/h. Après chaque cycle, la machine se déplace de quelques mètres et il faut alors l’arrêter pour raccorder les gaines rigides d’aspiration, elles-mêmes reliées à un caisson de filtration qui récupère 99,99 % des poussières dans une benne basculante. « La MAP subit plus de temps d’arrêt tout en étant plus productive que les quatre anciennes pelles réunies, car elle est plus grosse et conçue pour cet usage », explique Philippe Di Mascio, responsable d’exploitation de la carrière.
Le matériau extrait est envoyé vers l’arrière de la machine sur un convoyeur à chaînes. Le gypse est ensuite soit évacué par tombereaux (deux Volvo A25) à l’extérieur de la carrière soit repris par une chargeuse pour être mis en stock.
Formation des équipes
Pour les opérateurs de Placo, la MAP est plus facilement manoeuvrable et plus confortable puisqu’elle est équipée d’une cabine pressurisée, insonorisée et désolidarisée du bras de coupe. Pour la piloter, c’est toute l’organisation des équipes qui a été revue. En tout, 7 conducteurs et 2 chefs d’équipe ont été formés en suivant un programme de deux semaines soumis par Sandvik, qui a fait venir d’Allemagne des spécialistes de ce modèle. La formation a été validée par un examen théorique et pratique.
Un programme de maintenance préventive a été mis en place avec le constructeur, dont les équipes françaises ont aussi dû se former. Une intervention est ainsi planifiée chaque mois, pendant une demi-journée à deux jours pleins. La MAP doit pouvoir travailler 8 à 10 ans avant de subir un reconditionnement, pouvant prolonger sa durée de vie d’une dizaine d’années encore.
MAP connectée
La MT 520 peut remonter des données comme ses heures d’utilisation et sa consommation. « D’ici la fin de l’année, elle sera branchée à notre outil de supervision via le câble d’alimentation électrique. Nous allons récupérer toutes ses données, ainsi que celles de la ventilation et de l’installation de concassage, qui seront connectées au même outil de supervision afin de traiter les anomalies et de faire de l’optimisation », poursuit Fabien Naud, responsable travaux et méthodes d’exploitation des carrières chez Placo.
Dès 2019 et l’ouverture de la nouvelle carrière souterraine dans cette zone fortement urbanisée, Placo avait débuté l’étude d’une technique d’extraction inédite car totalement mécanique, afin de limiter son impact sur le voisinage. « Nous avons construit une méthodologie de travail au fur et à mesure, c’est dans ce cadre que le projet de la MAP a démarré, il y a un an et demi. » Un projet pilote censé être déployé sur les autres carrières exploitées par Placo en Île-de-France.
Sonia Puiatti
Image : La machine à attaque ponctuelle MT 520 livrée par Sandvik à la carrière Placo de Cormeilles-en-Parisis.
©Placo

