L’écomatériau, une seconde nature chez Yprema

A Emerainville, à 25 km au sud-est de Paris, Yprema, société spécialisée dans le recyclage des matériaux de déconstruction du BTP en matériaux routiers, exploite une plateforme de recyclage des déchets inertes de chantiers ainsi qu’un espace artisan offrant une déchetterie professionnelle. Le site est opérateur de déchets pour Ecominéro, l’éco-organisme créé par et pour les fabricants de produits ou matériaux de construction d’origine minérale, pour les aider à remplir leurs engagements dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur des produits et matériaux de construction du bâtiment (REP PMCB).

Depuis le 1er janvier 2023, en application de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), toutes les personnes mettant sur le marché national des produits ou matériaux de construction destinés à la filière du bâtiment (PMCB) sont tenues de contribuer ou de pourvoir à la reprise sans frais des déchets qui en sont issus, lorsqu’ils sont collectés séparément, ainsi qu’au traitement de ces déchets. Ce principe de responsabilité élargie du producteur (REP) implique la prise en charge financière et organisationnelle de la gestion de fin de vie des produits par les fabricants, importateurs et distributeurs.
L’éco-organisme Ecominéro, créé en mars 2022, permet à tout détenteur de déchets inertes de se défaire gratuitement de ses déchets triés issus de travaux de construction, rénovation ou démolition. Michel André, directeur général des activités matériaux de Cemex pour l’Europe de l’Ouest, en est l’actuel président. La structure rassemble plus de 2 900 adhérents qui lui ont transféré leurs obligations nées de la REP, pour les PMCB de catégorie 1 (bétons, mélanges bitumineux, granulats, pierres de taille, briques, tuiles, céramique).
Yprema opère donc pour le compte d’Ecominéro qui le rétribue pour sa prestation, tandis qu’Ecominéro reçoit de la part des producteurs de matériaux une écocontribution qui lui permet de financer les points de collecte. Les 3 700 points de reprise affiliés, dont fait partie le site seine-et-marnais d’Yprema, ont déjà permis la collecte et le recyclage de 8 millions de tonnes de déchets inertes générés par environ 25 000 chantiers à l’échelle nationale. D’ici la fin de l’année, le seuil des 9 millions de tonnes de déchets inertes collectés et recyclés devrait logiquement être franchi, sachant que le gisement national théorique dans ce domaine avoisine les 15 millions de tonnes à l’échelle hexagonale. « Ce que nous visons, c’est un recyclage maximal des inertes pour produire du granulat recyclé et non la valorisation, comme le remblaiement en carrière, qui sera de moins en moins soutenue financièrement », pointe François Demeure dit Latte, directeur général d’Ecominéro.
Le réseau des points de collecte va aussi s’élargir. Il devrait atteindre les 5 500 points d’ici la fin 2024, dont 3 500 déchetteries publiques. « Notre objectif est, à terme, que le détenteur de déchets dispose d’un point de reprise à 10 km de son chantier en zone urbaine (soit 80 % du territoire) et 20 km en zone non urbaine », explique le directeur général d’Ecominéro.

Le tri, condition sine qua non de performance

« Notre rémunération en tant qu’opérateur nous permet notamment de financer les aménagements paysagers et constructions que nous devons réaliser pour continuer à bénéficier de notre permis d’exploitation. Ces travaux représentent une enveloppe d’environ 5 millions d’euros sur ce site », note le président d’Yprema Claude Prigent. Sans tri sur le chantier, pas de reprise gratuite ! « Tout ce qui arrive mélangé est facturé directement aux entreprises. Le but, c’est justement d’inciter au tri sur les chantiers », rappelle Pierre Prigent, directeur général d’Yprema. Quant à l’espace artisan, il a pour vocation « d’amener les artisans à déposer leurs déchets et à repartir avec des matériaux », explique Quentin Limbourg, responsable de l’activité Espaces artisans chez Yprema.
Entre janvier et août de cette année, ce sont près de 170 000 tonnes de déchets inertes issus des chantiers du bâtiment, qui ont été reprises sans frais par Emerainville.

Une chaîne de traitement simple mais efficace

Le centre de traitement accepte uniquement des déchets inertes. Ce sont des matériaux de déconstruction, tels que des bétons ou encore de la terre. Chaque chargement dans les camions subit un contrôle visuel à son arrivée et il est pesé. La propreté des matériaux est vérifiée car les bois, plastiques et plâtres sont interdits. Les matériaux sont ensuite stockés dans des espaces dédiés et vérifiés à nouveau au déchargement. Les plus gros blocs sont d’abord brisés à l’aide d’un brise-roche hydraulique ou d’un broyeur à béton. Les parties les plus fines sont éliminées par scalpage. L’alimentateur vibrant dirige les plus gros éléments vers le concasseur à percussion pour une réduction mécanique. Les ferrailles sont séparées par un électro -aimant.
Des protections en caoutchouc équipant les éléments les plus exposés permettent d’atténuer le bruit. Des écrans acoustiques disposés autour des machines complètent le dispositif.
Un opérateur intervient depuis un poste de surveillance pour retirer les quelques éléments indésirables mêlés aux matériaux recyclables.
La chaîne de traitement se termine par une opération de criblage qui sépare les différents produits selon leurs granulométries. Les refus repartent pour être à nouveau concassés. Un système d’abattage des poussières par pulvérisation d’eau permet de fixer les poussières au sol. Puis les graves et cailloux sont convoyés vers les cases de stockage.
Le site est équipé d’un laboratoire où sont contrôlées les propriétés chimiques, géotechniques et mécaniques des matériaux prêts à être commercialisés.

Emmanuelle Serrano

Image : En 2023, l’espace artisan a réceptionné 6 300 tonnes de matériaux du second œuvre et 1 200 tonnes de matériaux ont été vendus la même année.
©Eric Morency