La nomination de Benoît Poussou à la direction de Bergerat Monnoyeur indique que l’accent est mis sur le service auprès des clients pour les accompagner dans cette période de transition énergétique, mais aussi en matière de gestion digitalisée de leur flotte et dans leur maintenance au quotidien. Rencontre avec ce dirigeant pour faire le point sur le diagnostic à distance, le rebuild et le rétrofit.
Un changement d’organisation chez Bergerat Monnoyeur a propulsé Benoît Poussou à la direction générale de cette structure qui vend les matériels Caterpillar depuis 95 ans. Après 26 années passées dans le groupe Monnoyeur, ce spécialiste de l’après-vente et du service succède à Jean-Marie Basset appelé, lui, à prendre les rênes de Bergerat Monnoyeur (BM) sur l’ensemble du périmètre européen, à savoir la France, la Belgique, la Pologne et la Roumanie. L’Algérie n’est pas concernée par cette réorganisation.
L’équipe de Jean-Marie Basset compte quatre directeurs pour les territoires concernés, dont un nouvel arrivé, Tim Bisson, à la tête de BM Belgique. Il était précédemment chargé de l’activité énergie au sein de ce territoire. Dans cette nouvelle configuration, Jean-Marie Basset récupère une direction occasion multiterritoires et location. Il est épaulé par Sergio Touris Noriega qui prend en charge l’activité occasion sur ces quatre territoires, et de David Vandermeulen, ex-DG de BM Belgique, qui a la responsabilité de la location auprès des concessions BM pour l’Europe, sous l’entité BM Rent.
Dans ce jeu de chaises musicales, Benoît Poussou est remplacé par Manuel Bachellez, ex-responsable des opérations de service. « L’objectif de cette nouvelle organisation est d’accélérer le développement des offres commerciales – en matériels neufs, d’occasion et en location – et de services, portées par l’innovation, la digitalisation et la mutualisation des savoir-faire, sur l’ensemble des territoires où Bergerat Monnoyeur est présent », explique un communiqué de la société. Pour Benoît Poussou, le service est le mot d’ordre. Dans les travaux qu’il entend mener figurent l’accompagnement des clients en matière d’efficacité énergétique, mais aussi d’efficacité de production et d’efficacité environnementale. Le nouveau dirigeant veut accompagner ses clients dans la digitalisation de leur flotte et les conseiller sur la maintenance de leurs matériels. « Notre service restera une force car nos clients attendent une qualité de service et d’accompagnement sur leurs décisions en termes de gestion de flotte, explique-t-il. BM s’est armé pour y parvenir avec ses techniciens dont l’effectif est passé de 750 à 1 000 en 5 ans, grâce à de gros efforts pour les recruter, les former et les garder. »
Un bilan de santé stationnaire
En arrivant, le nouveau dirigeant trouve une situation où les mises en service ont bien chuté : BM estime cette baisse entre 20 et 25 %, voire plus, pour l’année 2024. Mais annonce d’ores et déjà une reprise de marché sur les machines de plus de 10 t, « avec de meilleures disponibilités sur les chargeuses et les bouteurs », constate Benoît Poussou.
Une bonne nouvelle apparaît toutefois : « On a le sentiment depuis 3 à 4 mois que l’utilisation des machines se stabilise, car cela faisait 2 à 3 ans que leur emploi était en diminution. On ne parle pas encore de rebond. Il y a certainement moins d’activité hors inflation de nos clients, et certains sont plus scrupuleux sur les heures de ralenti, ce qui explique la baisse des heures totales effectuées par les machines. »
Le succès du diagnostic à distance
Cette analyse de l’utilisation des machines, Benoît Poussou la connaît grâce aux offres connectivité et services qu’il a fait développer dans sa précédente fonction, et surtout par les rapports mensuels accessibles depuis la plateforme VisionLink. « Nous avons pris l’habitude de générer un rapport par mois pour chaque machine connectée, qu’elle soit Cat ou d’un autre constructeur, afin de donner le nombre d’heures opérées en production comme en ralenti, la consommation et l’empreinte carbone, explique-t-il. On y trouve aussi un benchmark pour chaque type de machine en France afin de comprendre les écarts pouvant être liés à l’application, à l’utilisation de la machine, et des conseils en gestion de flotte. » Près de 8 000 machines sont suivies et font l’objet d’un rapport avec une dizaine d’engagements. Pour Benoît Poussou, il s’agit d’une demande qui s’est fortement développée. Outre la plateforme, les données récupérées peuvent être envoyées sur l’ERP du client ou sur une plateforme de GMAO de son choix. Pour ceux qui ont peu de machines, les informations sont envoyées sur un téléphone, avec des informations portant sur la localisation de la machine, ses principales alertes à venir et celles qui sont à traiter.
Chaque client bénéficie d’un accès illimité au diagnostic à distance dans l’offre connectivité et services. Près de 500 accès par mois sont menés, et BM estime à plus d’un jour de gagné sur la remise en service d’une machine, ce qui évite d’effectuer un déplacement pour le constat. « Pour le client, ce sont 400 euros qui sont économisés parce qu’il n’y a pas eu de déplacement », précise le dirigeant. Résultat : plus de 20 % des diagnostics effectués à distance permettent de remettre en marche une machine, sans intervention physique d’un technicien, et gratuitement pour le client.
Rebuild : de la grosse machine à celle de moyenne taille
BM met en avant son rôle de conseiller en matière de maintenance prédictive. « On est de plus en plus pertinent sur le moment où l’on contacte nos clients pour proposer un reconditionnement après la première vie de l’organe, que ce soit un moteur, une boîte de vitesses ou une transmission, et cela par rapport aux statistiques établies par Cat dans le monde, mais aussi par rapport aux données récupérées en France, et également par rapport aux analyses d’huile faites sur une machine », analyse Benoît Poussou. Il estime de son devoir de proposer une alternative « car un reconditionnement curatif est plus onéreux de 25 % qu’un reconditionnement préventif ».
Grâce à la télémétrie et à l’analyse de données, BM peut descendre sur de plus petits composants. Depuis 3 mois, le concessionnaire propose le conseil en remplacement d’injecteurs sur certaines gammes de moteurs, comme le C6 et le C7. « On arrive à être fiable à 70 %, à 100 h près, commente le dirigeant. Une centaine de signaux sont déjà traités, basés sur de l’analyse et de l’IA avec Caterpillar. En matière de fiabilité, nous visons à faire mieux pour atteindre 80 % de fiabilité.» L’analyse est effectuée par des capteurs qui récupèrent les données de température, de régime moteur, mais aussi l’âge de l’injecteur, l’historique des réparations effectuées sur la machine. Cette analyse est l’un des 10 engagements que prend BM sur les gros composants d’une machine. « Dans le reconditionné, on arrive à mettre en évidence un avantage en termes d’empreinte carbone, annonce Benoît Poussou. Il est vrai qu’on reste sur une technologie moteur datant d’une à deux générations, ce qui explique qu’on ne vient pas chercher le gain de carburant, ni l’empreinte carbone due à la modernisation de la flotte, mais on est gagnant dans le fait de ne pas remettre en production une nouvelle machine. »
A Intermat, BM exposait un D6 rebuildé qui a été vendu après le salon. Depuis, une dizaine de machines, toutes gammes confondues, ont été reconditionnées. BM réalise ces opérations de reconditionnement sur toutes les tailles de niveleuses, sur des pelles de 30 t et au-delà, sur des bouteurs à partir du D6 et sur des chargeuses à partir de la 950. « La nouveauté, c’est que nous sommes challengés sur des rebuild de plus petites machines en raison du coût de la main-d’oeuvre, explique le dirigeant. Depuis quelques années, nous sommes descendus en gamme sur des machines qui n’étaient pas ou peu reconditionnées comme les 966, 963 en trax, D6 et D6N. »
Le rebuild monte aussi en croissance dans les autres territoires européens de BM. Le modèle, calqué sur celui de la France, comprend un centre national compétent pour le reconditionnement de la chaîne cinématique avec le moteur, la boîte de vitesses, le convertisseur et la transmission, et chaque atelier s’attelle ensuite au rebuild du reste des organes.
Pas de rétrofit à l’unité
Qu’en est-il du rétrofit, avec la conversion d’une machine thermique en électrique ? Pour Benoît Poussou, « chaque étude est un investissement ». Il estime que ce n’est pas un kit de rétrofit installé sur une machine d’occasion qui peut être valable sur un certain nombre de machines. « Pour un type de machine et pour une séquence de numéros de série, il y a une étude de rétrofit à réaliser, dont les frais sont relativement onéreux, et pour lesquels il faut ajouter le prix des composants. Au final, si l’opération revient aussi cher que l’achat d’une machine électrique neuve, il n’y a pas de marché. Car on est sur une réalité où le volume d’investissement et le coût de la transformation restent élevés par rapport aux prix de l’électrification. Le prix des machines électriques de notre marché devrait évoluer à la baisse comme cela a été le cas pour le marché de l’automobile afin d’être plus abordables. »
Néanmoins, pour le développement du secteur de la location, « BM doit être en capacité de fournir les sources d’énergie nécessaires en mobilité pour répondre au défi de l’électrification des parcs », annonce le directeur général. BM a la capacité de répondre à cette demande grâce à ses 200 techniciens habilités et formés pour intervenir sur des matériels électriques. Ces personnes interviennent déjà sur des machines comme le bouteur à transmission électrique D7E, les tables et les finisseurs, et les machines XE équipées de commandes électriques.
Le démarrage du pilotage à distance
Où en est BM sur le pilotage à distance avec Cat Command ? « Les premières affaires signées sont en cours », annonce Benoît Poussou. BM avait déjà développé cette technologie avec des partenaires en proposant des solutions intégrées sur des machines Cat en visuel ou en déporté, comme la pelle 953 pour ECT qui travaillait chez Placoplatre. Une cabine avait été recréée dans un véhicule utilitaire avec la capacité de relayer le signal jusqu’au fond des galeries en cours de comblement par des terres de déblai. La différence avec ce qui était proposé il y a quelques années et ce qui se fait aujourd’hui ce sont les cabines : elles reproduisent exactement ce qui se trouve dans l’habitacle. Caterpillar a standardisé le poste pour qu’il soit adaptable à plusieurs machines. C’est ce que BM a montré à Intermat où il était possible de passer d’une machine à une autre à distance, voire de gérer plusieurs machines en même temps. Cette offre est destinée à répondre aux usages présentant un danger pour les opérateurs, comme on en trouve dans un site sidérurgique, une carrière au débardage, un site d’enfouissement des déchets, en démolition ou encore en centrale nucléaire.
Amblainville a désengorgé Saint-Denis
La nouvelle plateforme logistique de BM a été inaugurée à Amblainville (60) au mois d’avril pour abriter le centre de distribution des pièces de rechange. Cette structure couverte de 15 500 m2 est implantée sur un terrain de 71 000 m2 dans une ZAC. BM a rapatrié le stock de Saint-Denis pour y entreposer plus de 60 000 pièces. La construction qui n’est pas encore achevée comprendra à terme un atelier de montage de chenilles de pelle ainsi qu’une presse à chaîne, un atelier de préparation de flexibles hydrauliques et un atelier d’assemblage.
Une centaine de personnes y travaillent déjà et l’effectif devrait être porté à 150 salariés. Le trafic poids lourd est faible, 10 camions par jour. Les équipes reçoivent et expédient quotidiennement plus de 300 lignes de commande, soit 5 % du flux en nombre de lignes ou un tiers du volume de pièces. Une prochaine visite donnera l’occasion de présenter ce tout récent service logistique de pièces de rechange.
Jean-Pierre Le Port

