Quelle perception des carrières ont les élus locaux ?

Une enquête commandée par l’Unicem Nouvelle-Aquitaine ayant interrogé 800 maires de la région a révélé une perception globalement positive des carrières par ces derniers. Plusieurs axes d’amélioration ont pu être identifiés, comme le renforcement du dialogue avec les représentants des communes, la poursuite des travaux pour une meilleure maîtrise des impacts et une meilleure sensibilisation sur l’après-carrière comme outil d’aménagement du territoire.

En France, la Nouvelle-Aquitaine est la deuxième région la plus consommatrice de granulats après l’Auvergne–Rhône-Alpes. En moyenne, un Néo-aquitain a besoin de 6,8 t de granulats par an (20 kg par jour). Au début des années 2000, l’Unicem Nouvelle-Aquitaine comptait dans la région 900 carrières, mais en 2022, elles n’étaient plus que 500. Une chute vertigineuse du nombre de sites extractifs en quelques années, sur un territoire dont les besoins en matériaux ne baissent pourtant pas. Et les granulats issus du recyclage couvrent à peine 8% des besoins, 17% pour la seule Gironde (voir encadré).

Le schéma régional des carrières aboutira en 2024

Initié en janvier 2017 sous l’égide de la Dreal, le SRC fixera pour les 12 prochaines années les conditions d’implantation des carrières en Nouvelle-Aquitaine. Une évolution majeure est à noter : le SRC devient opposable aux documents d’urbanisme des collectivités locales (Scot, PLUi) pour permettre l’accès effectif aux ressources naturelles en matériaux.

Dans ce contexte, l’Unicem Nouvelle-Aquitaine a initié une enquête auprès des élus locaux de la région, « afin de mesurer leur satisfaction vis-à-vis des carrières et de mieux comprendre leurs appréhensions pour y répondre », a expliqué en conférence de presse Jean-Claude Pouxviel, président de l’Unicem Nouvelle-Aquitaine. Implantées au coeur des territoires, les carrières sont des projets portés par des entreprises privées dont une part importante des clients sont des personnes publiques, à savoir les collectivités territoriales et l’État. Si c’est bien le préfet qui instruit les dossiers d’autorisation de carrière, le maire est un relais important pour pérenniser et développer cette activité, pendant l’exploitation et après (évolution du document d’urbanisme, gestion des flux de transport…). « Il est le principal interlocuteur de l’exploitant », souligne Laurent Richaud, président des producteurs de granulats de Nouvelle-Aquitaine.
L’enquête a recueilli 800 réponses au cours du premier trimestre 20241. En voici les principaux enseignements.

Les élus locaux connaissent bien les carrières

Les maires interrogés pendant l’enquête ont globalement une bonne connaissance de l’activité des carrières et des besoins en matériaux du territoire. Ils sont 98% à connaître les types d’ouvrages auxquels sont destinés les matériaux extraits : 82% citent les routes et 61% les logements. En majorité (71 %), ils ont conscience que les besoins en matériaux vont se maintenir voire augmenter dans les années à venir. Un peu plus de la moitié (56%) reconnaît que la carrière génère des emplois sur son territoire.

L’expérience d’une carrière favorise l’adhésion du maire

L’autre enseignement important, c’est que les maires de communes sans carrières ont davantage de craintes que ceux ayant déjà une carrière sur leur territoire. Ainsi, 64% des élus interrogés ont exprimé une crainte vis-à-vis d’un projet de carrière, en lien avec l’environnement et les riverains. Au contraire, 85% des maires ayant déjà une carrière sur leur territoire déclarent que celle-ci est une bonne chose pour leur commune. Le plus souvent, ils connaissent le site (88%) et l’ont déjà visité (79%). Ainsi, l’étude démontre que l’expérience d’une carrière dans la commune diminue la perception des impacts liés à cette activité.
Toutefois, parmi les maires ayant un avis positif sur la carrière, près de la moitié (45%) ont exprimé des attentes sur la limitation des nuisances, notamment le bruit et le trafic des camions, et 39% espèrent davantage de communication et de concertation avec le public. En ce qui concerne le trafic routier, « il y a effectivement nécessité à rapprocher les lieux de production des lieux de consommation. Il n’y a plus de carrières dans l’agglomération bordelaise alors que c’est la collectivité la plus consommatrice de matériaux en Gironde, et pourtant la ressource est présente », note Laurent Richaud.

Reconnaissance des efforts de la part des exploitants

La moitié des maires interrogés reconnaît des efforts de la part des exploitants de carrières, jusqu’à 68% d’entre eux lorsqu’une carrière est implantée sur leur territoire. Pour plus de 6 maires sur 10, les exploitants des carrières prennent en compte les enjeux environnementaux dans leur activité. Ils citent notamment la remise en état des sites (57%).
Près de la moitié des élus interrogés ont aussi exprimé une conscience plus aiguë du poids des contraintes pour les exploitants : pour 45% des élus « avec carrière » sondés, les différentes réglementations sont une source de difficultés pour le projet de carrière. Ils pointent à près de 80% les réglementations liées à l’environnement (aires, espèces et habitats protégés, espace boisé classé) et celles liées aux documents d’urbanisme (schéma de cohérence territoriale et zonage du plan local d’urbanisme).

La filière carrières et matériaux en Nouvelle-Aquitaine (2022)
  • 340 entreprises
  • 8300 salariés directs (+ 35 000 indirects)
  • 500 carrières
  • 320 centrales à béton
  • 480 installations de recyclage de déchets inertes (dont 150 carrières)
  • 15 usines de transformation (chaux, plâtre)
  • 40 Mt de granulats
  • 4 Mm3 de BPE

La carrière identifiée comme une opportunité

Un élu sur deux n’ayant pas de carrière dans sa commune voit des opportunités à y développer cette activité, 68% d’entre eux pour les emplois et 69% pour les revenus générés, avec toutefois des exigences exprimées en termes de concertation et de maîtrise des impacts. Une bonne nouvelle, alors que les besoins en matériaux de la région vont se maintenir pour les 12 prochaines années, à 40 Mt/an de granulats et 3 Mt de minéraux industriels, hors chantiers exceptionnels, selon la prospective du schéma régional des carrières. Et cela alors que le nombre de carrières dans la région a été divisé par 2 en 20 ans. « Le SRC nous fragilise car nous devons maintenir le niveau de production avec une réduction des surfaces exploitées. La demande publique en granulats ne va pas baisser. Il faudrait mailler le territoire avec plus de carrières plus petites pour continuer à répondre à la demande tout en limitant nos impacts », poursuit Laurent Richaud.
L’Unicem Nouvelle-Aquitaine regrette également que le SRC, attendu pour les prochains mois, ne révèle aucun principe de simplification administrative, alors que plus de 40 mesures opposables aux exploitants existent. Des contraintes qui s’ajoutent à une opposition locale marquée, admet Alain Sanz, président de l’Association des maires de Nouvelle-Aquitaine et également président de l’Association des maires des Pyrénées-Atlantiques, présent à cette conférence de presse : « Il n’y a plus de dialogue. On se bat contre des murs. La mission d’un élu local, c’est d’entretenir ce qui lui a été transmis. Il faut pouvoir vivre sur son territoire, s’il n’y a plus d’activité on ferme tout », a-t-il plaidé. Le risque, si la filière néo-aquitaine ne parvient pas à répondre à la demande, est de devoir aller chercher les matériaux plus loin. Rappelons que le granulat a un prix de revient qui double quasiment tous les 50 km parcourus. Et cela ne ferait qu’intensifier la circulation des camions sur les routes, alors que c’est l’un des principaux points de crispation dans les territoires.

Sonia Puiatti