La Serbie, terre de lithium, signe un partenariat avec l’UE

L’Union européenne et la Serbie ont signé un partenariat stratégique sur les matières premières critiques, après que ce pays ait donné son feu vert au projet minier de Rio Tinto d’extraction du lithium près de Loznica, dans l’ouest du pays.

La Serbie et l’Union européenne ont signé le 19 juillet à Belgrade un partenariat sur les matières premières critiques, en présence du chancelier allemand Olaf Scholz, une semaine à peine après une décision de la justice serbe ouvrant la voie à la reprise d’un projet controversé d’exploitation de lithium.
« Il n’y aura pas de projet sans protection totale, et nous savons que cela se produira parce que nous faisons venir les meilleurs experts d’Europe en Serbie », a déclaré le président serbe Aleksandar Vucic avant la cérémonie de signature.
« Le chancelier Scholz a proposé le soutien de l’Allemagne pour que la Serbie développe une chaîne de valeur plus importante pour la production de lithium, ce qui nous apportera des milliards d’investissements et un progrès incroyable pour l’ensemble du pays, en particulier pour la Serbie occidentale », a ajouté le chef d’État.
Le cabinet du vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic, un des participants au sommet, avait précédemment annoncé la signature d’un « protocole d’accord sur les matières premières ainsi que sur la chaîne d’approvisionnement des batteries et des véhicules électriques ».
Le document vise à assurer que la matière première exploitée en Europe « reste sur le sol européen », a précisé le président serbe. Il avait indiqué que des discussions étaient en cours avec plusieurs constructeurs automobiles européens, dont Mercedes, Volkswagen et Stellantis.
Le président Vucic a déclaré que les exportations de lithium du pays seraient pour le moment uniquement vendues à des partenaires européens, malgré l’intérêt porté par des fabricants chinois (lire l’encadré).

La Chine et le marché européen

Les droits de douane récemment imposés par l’UE sur les véhicules électriques chinois étant peut-être un signe avant-coureur, les entreprises chinoises ont tout intérêt à rapprocher leur production du marché européen, comme le montrent ces exemples.
Tianqi, une société chinoise qui fait partie des quatre premiers exploitants mondiaux de lithium, est fortement investie dans la production en Australie. Dans une interview accordée au South China Morning Post, le directeur général Frank Ha Chun Shing a déclaré que l’entreprise était en pourparlers avec des partenaires européens potentiels – y compris dans un pays de l’UE dont le nom n’a pas été dévoilé – en vue de se lancer dans la production de batteries.
L’entreprise chinoise Eve Power a commencé à recruter en mars pour sa nouvelle usine de batteries d’un milliard d’euros dans l’est de la Hongrie, tandis que le constructeur automobile chinois BYD a annoncé sa première usine européenne de production de voitures électriques dans le même pays à la fin de l’année dernière. Plus récemment, il a annoncé qu’il ouvrirait une installation similaire en Turquie.

Le marché de la batterie est pour l’instant dominé par les producteurs chinois, vis-à-vis desquels Bruxelles et Berlin veulent réduire leur dépendance. La puissante industrie allemande y est particulièrement intéressée.
Selon M. Vucic, le chancelier allemand devait être accompagné à Belgrade par des représentants de Mercedes-Benz ainsi qu’avec des représentants de plusieurs banques européennes.
Découvertes en 2004, les réserves de lithium de la région de Jadar, en Serbie occidentale, sont parmi les plus importantes d’Europe. Selon le géant minier anglo-australien Rio Tinto, qui gère le projet, elles pourraient permettre de produire annuellement 58 000 tonnes de carbonate de lithium (la forme sous laquelle il est largement commercialisé, équivalant à 11 000 tonnes de lithium métal pur), suffisamment pour 1,1 million de véhicules soit 17 % de la production européenne de véhicules électriques.
La future mine a toutefois été source de nombreuses querelles politiques ces dernières années, les opposants craignant l’impact sur l’environnement dans cette région agricole. Sous la pression des manifestations, le gouvernement serbe avait suspendu le projet en 2022. Deux ans plus tard, la Cour constitutionnelle a tranché, le 11 juillet dernier, estimant que cette décision n’était pas conforme à la Constitution. Le gouvernement a alors annoncé la mise en œuvre de l’arrêt de la justice et autorisé la reprise des opérations.

Vers 2028

Le président Vucic, dont le parti a remporté les élections parlementaires en décembre, a affirmé que la protection de l’environnement serait une priorité après avoir obtenu de nouvelles assurances de la part de l’entreprise.
M. Vucic, qui veut arrimer son pays à l’UE, a déclaré récemment que l’exploitation pourrait commencer vers 2028. Il a annoncé la signature aussi d’une lettre d’intention prévoyant l’installation de capacités industrielles en Serbie, en assurant que Belgrade ne permettrait
pas l’exportation de plus de 12 % à 13 % de matière première de lithium.
Le reste « pourra sortir de la Serbie en forme de cathodes ou de batteries fabriquées en Serbie », a-t-il dit.

La rédaction avec l’AFP